Impressions photographiques

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Thursday 28 February 2008

Rayonnante balade au pays sans soleil

30 mètres de neige ? S’agit-il d’un glacier ? Non, tout simplement de la quantité de poudre qu’a reçue la station de Mount Baker sur la saison 98-99. Record mondial sur un domaine skiable évidemment. Le quidam se dit « Oui, mais c’était il y a 10 ans. De nos jours, réchauffement climatique oblige, de telles quantités sont inimaginables ». En dehors du fait que des déductions climatiques ne peuvent porter sur un laps de temps aussi faible, la petite station du far west étasunien continue à s’enfoncer sous des mètres de neige année après année. Retour sur un terrain de jeu que les D1 ont adoré !

Serge Dupraz contacte ses riders, Ludo Strohl, Polo Delerue et Nico Vaudroz : « Un bank slalom mythique et des descentes freeride à volonté, ça vous tente ? ». Une question qui ne nécessite ni précisions, ni réponse. Tout le monde n’a pas les mêmes disponibilités et les retrouvailles à Vancouver sont un brin aléatoires. Cependant, motivée par la même idylle « poudreusorgasmique », l’équipe se retrouve finalement au complet pour passer la frontière.
Après un passage on ne peut plus commode des douanes américaines (le grand sourire de Ludo n’y étant très certainement pas pour rien), changement de décors : à la périphérie urbanisée de Vancouver succèdent des paysages dignes des films far west. On s’imagine aisément que s’éloigner de 10 kilomètres à gauche ou droite de la route sans boussole nous condamnerait à tenter de survivre de mousses et d’eau fraîche, en évitant soigneusement de croiser le chemin d’un ours affamé ! Au contraire de l’Europe centrale, les marques anthropiques sont ici peu présentes, pour ne pas dire totalement absentes. Le franchissement d’une crête ne mène pas à une autre vallée parsemée de chalets, mais à une rivière entourée de vastes forêts composant une nature encore préservée.
Non désireux d’affronter les grizzlis en s’enfonçant dans la jungle forestière (le remake du film « Into the wild » n’est pas encore prévu), les amis de la D1 poursuivent leur route en direction de la station. Après quelques miles, la pluie, tombant sans discontinuer depuis l’arrivée canadienne, se mélange aux flocons. Rapidement les bas côtés de la route se transforment en hauts côtés. Les dernières épingles conduisant à la station ressemblent même à une véritable tranchée. Non, les murs de neige ne proviennent pas d’un passage dans un couloir à avalanche ; la continuité des murailles est parfaite. Le bulletin d’enneigement annonçant plus de 5 mètres de neige au sol en bas de la station n’était donc pas aussi fantaisiste que ceux que les offices du tourisme alpins publient.
La station correspond à son environnement peu aménagé : un unique bâtiment à la base et quelques télésièges s’effaçant rapidement dans la tempête de neige. Un panneau indique que 50cm sont tombés durant les dernières 24 heures et que le snowpark est enterré. Après une discussion avec les locaux, on apprend que la situation est simplement normale. A défaut du soleil, les visages de Ludo, Polo et Nico, déjà enthousiastes avant l’arrivée, rayonnent de sourires resplendissants. Sans attendre, les premières lignes sont tracées. Etonnant pour les européens, aucun bruit suspect sous les planches quel que soit l’endroit où l’on passe : ici, ce ne sont pas les vernes ou les rochers qui sont redoutés, seules doivent être prises en compte pour chaque descente les pointes de sapin ! La poudre vole sur des mètres ; même dans les rêves les plus fous, autant de neige n’avait encore pu être imaginée.
Une brève trêve au pays des merveilles : le « Legendary Banked Slalom », l’une des premières compétitions de snowboard, attend les D1. Depuis plus de 20 ans, les légendes se sont succédées au palmarès de cette course : Shaun Palmer, Terje Haakonsen, ou encore Victoria Jealouse sont tout un chacun repartis avec le rouleau de Duck Tape promis au vainqueur. Un lot ô combien surprenant au premier abord, mais évident après réflexion : au début des années huitante, le duck tape était le meilleur ami du snowboardeur : attacher sa planche, réparer ses habits ou s’improviser des boots à partir de chaussures normales était presque le quotidien de tout monopède !
Des légendes véritables… pourquoi alors ne pas voir une Dupraz au sommet ? Malheureusement, ce n’est pas cette année que la planche sera consacrée. Après une bonne première partie, emportés par la fougue, Polo et Ludo sortent du tracé au dernier virage des qualifications. Faute à la météo capricieuse, la route d’accès à la station est fermée et la deuxième journée qualificative n’a pas lieu. La finale se déroule, sans D1, un jour plus tard et voit (ou plutôt entraperçoit) gagner Temple Cummins au travers d’une nouvelle tempête de neige.
Qu’importe ! Plus de temps peut ainsi être accordé à la découverte du domaine. Pillows énormes, traces recouvertes du jour au lendemain, réceptions de sauts sans heurs… la « normalité » de Mount-Baker est assurément très plaisante. Pour sûr, le rendez-vous est déjà pris pour l’année prochaine, sous des tonnes de neige… comme d’habitude !

PS: photos disponibles sur www.sebanex.com

Friday 21 September 2007

Venue de Blocher à Lausanne : deux manifestations vues de l’intérieur

« Nique la police, nique la justice ouh ouh »… Au milieu des flammes résonne le son grésillé d’un natel. Quel âge donner au propriétaire du portable? 12 ans, 14 ans ? Pas le temps de compter précisément les années de ce visage frêle : un lacrymogène fuse par-dessus les têtes. Cinquante mètres de course plus loin, un autre jeune s'écrie: « Balance le caillou le plus fort possible sur ces salopards de flics ». Comment en est-on arrivé là ?

Deux manifestations

Tout avait pourtant bien commencé. En arrivant sur la place de Palud, lieu de départ de la manifestation contre la venue de Christoph Blocher à Lausanne, la foule déjà présente est surprenante par sa masse. Il y a évidemment les inévitables roots hippies, les punks boutonneux à crêtes bien plus acérées que leurs convictions, mais surtout de nombreuses familles. De la fillette à la grand-mère, l’attroupement atteint 2000 personnes environ. Un succès certain pour les organisateurs qui n’attendaient pas plus de 1000 individus. L’omniprésence médiatique agaçante de Blocher durant les semaines précédentes y est certainement pour beaucoup.
« Ni moutons blancs ni moutons noirs: le racisme ne passera pas par nous » : scandant ce slogan en coeur, le troupeau coloré se met en marche en direction du Comptoir suisse, lieu où Blocher doit prononcer une allocution officielle. La procession remonte pacifiquement les rues lausannoises. Seules quelques bombes à eau jetées par des opposants à la manifestation du haut de leurs immeubles ainsi que des tags revanchards viennent très légèrement perturber le calme si propre à la Suisse.
Une fois atteint le Comptoir, face la campagne actuelle raciste de l’UDC, des officiels se succèdent pour clamer leur indignation. La foule dense les approuve par des applaudissements soutenus. Non, la haine raciale ne doit pas passer.

Alors que les organisateurs annoncent la fin officielle d’une manifestation réussie, un groupe d’une dizaine d’individus, majoritairement cagoulées de manière sommaire, se dirige vers les barricades vitrées du comptoir en invectivant les autres manifestants à les rejoindre. Quelques minutes plus tard, le mince parvis du Comptoir est rempli de personnes clamant des phrases haineuses à l’intention de Blocher et des policiers parqués derrière les vitres. Deux jeunes tentent bien de dissoudre cet attroupement en criant qu’il ne fera que nuire à l’image de la manifestation et offrir une tribune de premier choix à la figure de proue de l’UDC. En vain. Les tags se tracent sur la devanture, les premiers objets fusent en direction de la police stoïque, des coups de pied entreprennent de briser l’épais vitrage.
Après plusieurs avertissements, la réaction policière face à l’absence de recul des fauteurs de trouble a lieu. Des sprays au poivre repoussent la horde. Un front de policiers aux allures de Robocop débarque d’une rue adjacente pour venir faire face aux rares manifestants encore sur place. Sacs poubelles et de bouteilles volent en direction des nouveaux venus. Ce spectacle affligeant dure longuement avant que la police ne se décide à charger. Les casseurs fuient à grandes enjambées sous le soleil se couchant sur la capitale vaudoise.
Ce n’est pourtant pas l’embrasement du ciel qui se fera le plus remarquer en ce début de soirée. Tandis que la nuit tombe, les rues s’éclairent non pas de la traditionnelle fée électricité, mais de hautes flammes. Une cinquantaine d’énergumènes, très jeunes pour la plupart, dressant et enflammant des barricades improvisées, jouent violemment au chat et à la souris durant une heure avec la police. Toutefois, ni les multiples containers enflammés, ni les projections de pierres n’ont raison de l’avancée policière. Lentement, mais inévitablement, les casseurs sont dispersés par les lacrymogènes et définitivement dissuadés de toute rébellion suite à deux arrestations musclées des forces de l’ordre.

Que retenir de ces deux manifestations ? Une minorité d’individus a gâché le succès espéré d’une majorité. Les motivations des casseurs sont difficiles à comprendre. Un engagement politique réel ne peut en tout cas pas être mis en avant vu la moyenne d’âge de ces derniers. Est-ce la culture des jeux vidéos violents ? J’en doute. Peut-être est-ce le manque de défis et d’adrénaline d’une jeunesse dorlotée dans une société assistée.
Les photographes (dont je fais partie) et les journalistes ont fait la part belle aux fauteurs de trouble de la seconde manifestation. Les articles publiés ces jours se sont principalement focalisés sur les violences, en omettant les côtés positifs du premier rassemblement et en faisant ainsi le jeu de Blocher. Peut-on pour autant en vouloir à la presse ? Il me semble que non : au-delà du gouvernement, nous avons la presse que nous méritons. Dommage.

SA

NB: les photos suivront très prochainement.

Tuesday 14 August 2007

Sarajevo, la flamme brûle encore.

En février dernier, nous sommes partis à la recherche des traces des jeux olympiques de 1984 en (ex-)Yougolsavie. Au-delà des quelques photos que vous avez pu voir sur le site, voici, en exclusivité, le texte accompagnatif (à paraître sous peu) écrit par François Ruchti:

Sarajevo, la flamme brûle encore.

Plus de vingt ans après les Jeux olympiques, la ville de Sarajevo est toujours à la recherche de son passé glorieux. Entre les impacts de balles et les champs de mines, ski reportage sur une région qui se relève d’une guerre fratricide.

Kosmopolitiski, liriski, prijateljski. Avec ces quelques mots qui décrivent à merveille la ville de Sarajevo, il ne faut pas s’étonner que cette cité soit reconnue comme un haut lieu du ski. Les deux stations de ski des Jeux olympiques de 1984 ; Bjelasnica et Jahorina situées sur les montagnes qui entourent la capitale de Bosnie Herzégovine offrent de jolies possibilités pour les sports de neige. Bien que la plupart des infrastructures ait été endommagée durant la guerre, les téléskis fonctionnent toujours. Ville assiégée et meurtrie par la guerre, mais aussi ville multiculturelle au passé olympique, l’image internationale de Sarajevo reste toutefois encore bien confuse pour les skieurs hésitants. Sans véritable stratégie de développement touristique, le retour à ce que d’aucun appel l’âge d’or se fait donc à un rythme tout bosniaque ; en douceur et sans stress.

« Ce fut un des plus beaux moments dans l’histoire de Sarajevo» C’est ainsi que M. Abid Saric, ministre du canton de Sarajevo décrit la période des Jeux olympiques de 1984. Il faut dire que durant les 20 jours de la manifestation, l’ensemble du peuple de Yougoslavie était uni derrière ses compétiteurs. Jure Franko fut élevé au rang de héros national lorsqu’il obtient la seule et unique médaille remportée par le pays organisateur. Il termina deuxième au slalom géant grâce à une deuxième manche proche de la perfection. Cette médaille fut d’autant plus fêtée qu’elle était inespérée. Les grands favoris de l’époque étaient comme aujourd’hui les Autrichiens. Ceux-ci pourtant ne brillèrent que par leur absence. Quant à la légende de l’époque Igemar Stenmark, il ne put même pas prendre le départ de la compétition pour cause de « professionnalisme ». Chez les femmes, c’est la jeune Française Perrine Pelen qui marqua les esprits. Elle se classa deuxième du slalom et troisième du géant. Elle permit à la délégation de l’hexagone de repartir avec un bilan honorable compte tenu du faible nombre de représentants tricolores. À peine 30 athlètes sur les 1410 des 49 nations participantes à cette quatorzième olympiade. Les nations les plus représentées étaient bien entendues l’Allemagne de l’Est, l’URSS et les États-Unis qui se faisaient la guerre sur les pistes froides des 39 épreuves inscrites au programme. Les archives du Comité international olympique font état de plus de 700 000 spectateurs sur place. Au delà des chiffres, ces jeux furent de l’aveu même de M.Samaranch, ancien président du CIO, une des plus belles manifestations sportives du siècle. Ce n’est pas les habitants de Sarajevo qui vous diront le contraire. Parler de cette époque, c’est comme évoquer un passé mythique. Pour Zoran Herceg, jeune habitant de Sarajevo ; « bien sûr que le régime titiste était une dictature, mais le pays était uni et prospère. Les Jeux olympiques sont vraiment une période de notre histoire qui est considérée comme un âge d’or ».

La guerre n’a pas tout effacé De cette époque heureuse, la ville de Sarajevo a conservé plus que des souvenirs. Le stade du Kosevo où c’est déroulé la cérémonie olympique existe encore. Durant la guerre, il fut tour à tour camps pour réfugiés et bases des casques bleus. Actuellement, il a retrouvé son rôle festif et sportif. L’équipe de foot de Sarajevo y joue dans l’ombre de la flamme olympique qui brûle toujours sur l’aile Est. Le village olympique est quant a lui devenu une zone résidentielle d’un charme discutable. Elle ne se démarque pas de l’architecture communiste de l’ouest de la ville encore très peu reconstruit depuis la guerre. Tout proche se trouve aussi l’hôtel olympique, résidence des officiels qui fut rachetée par la chaîne d’hôtellerie Holiday Inn. Bien que le centre-ville soit complètement reconstruit, seuls quelques magasins de souvenir rappellent le passé olympique de la cité. Ceci s’expliquer par un développement historique de la ville en palliés. Chaque époque amenant une nouvelle zone architecturale. Plus vous poussez direction l’Est plus vous remontez le temps. Bascasija est le quartier le plus ancien de la ville. Artisans, petits vendeurs et restaurateurs s’y côtoient. C’est l’endroit parfait pour manger un Cevapi. Ce mets est une institution en Bosnie. Il est à base de pain, de boulettes de viande, d’oignons et de crème. Il se mange avec les mains, à toutes les heures. Il remplace à la perfection le Mc Do inexistant.

La cabane de départ est toujours là N’en déplaise aux muezzins ou aux cloches des églises, l’appel du ski se fait vite sentir. Il faut dire que Sarajevo est entourée de montagnes. Les deux massifs les plus connus sont Jahorina et Bjelasnica. Sur le premier, se trouve la station de ski qui accueillit les épreuves dames des Jeux. Située dans la partie serbe de la Bosnie, Jahorina fut relativement épargnée par la guerre. Pour y accéder, il faut passer par Pale. Cette bourgade est tristement connue pour avoir abrité le Quartier général de Mladic, chef de guerre nationaliste serbe. Armé de ski Fischer, c’est les touristes slovènes qui, maintenant, ont pris l’offensive à Jahorina. Malgré l’ambiance alcoolisée sur la piste comme dans les bars, les pentes sont relativement faibles. En 1984, les organisateurs de la descente avaient même dû construire une butte artificielle afin d’atteindre les 800 mètres de dénivelé obligatoire. Avec une dizaine de téléskis, la station offre tout de même de bonnes possibilités. On peut même se prendre à rêver de disputer une course des Jeux olympiques. Dans la cabane de départ encore intact, il ne manque plus que le portillon pour s’y croire. La seconde station de ski, Bjelasnica, est plus à l’Ouest. Elle n’est qu’à une demi-heure de voiture du centre ville. Lors des Jeux olympiques, l’ensemble des épreuves masculines de ski ainsi que du saut à ski y fut organisé. C’est notamment sur ces pentes que l’américain Bill Johnson remporta la descente. Alors que ses compatriotes Phil et Steve Mahre s’adjugèrent les deux premières places du Slalom. Actuellement il reste de la station de ski, Babin do, que quelques téléskis en état de marche. Il ne faut pas oublier que le massif de Bjelasnica-Igman fut le théâtre d’affrontement violent durant la guerre de Bosnie. Les stigmates du combat sont encore bien visibles sur les nombreux bâtiments en cour de reconstruction. En outre, il est fréquent de croiser les panneaux rouges pas très rassurants signalant les terrains minés ! Même si le gouvernement nous a certifié que la zone était « cleared of mines », les spécialistes du déminage déconseillent vivement le hors-piste dans la région.

Beaucoup de projets, mais pas assez d’argent Bien que le problème des mines soit un frein important, le développement touristique semble plus que prometteur. À en croire les estimations de l’organisation mondiale du tourisme, il serait même potentiellement supérieur au boum touristique des années 2000 de la Croatie et de la Slovénie. Conscientes de ses atouts, les autorités bosniaques ont lancé des projets de rénovations importants pour les stations olympiques. Notamment le projet « Bjelanisca 2 ». Celui-ci vise à construire de nouvelles installations de ski ainsi que d’augmenter le parc immobilier. Actuellement, une bonne partie des hôtels sont en construction alors que les nouveaux télésièges restent du domaine de l’hypothétique. Après avoir axé l’effort de reconstruction sur les infrastructures de bases (routes, réseaux hydriques,..), l’aide internationale s’oriente aussi dans cette direction. Les espoirs sont importants. Paddy Ashdown, ancien haut représentant de la communauté international parle de créer le plus grand centre de ski de l’Europe du Sud Est. Malheureusement, les fonds ne semblent pas suivre l’optimisme occidental. Dans ce contexte, une nouvelle candidature aux Jeux olympiques pourrait être l’accélérateur indispensable. Mais de l’aveu même de M. Abid Saric, ministre de l’économie du canton de Sarajevo, la région dispose du potentiel, mais pas des fonds nécessaires pour une telle manifestation. Ceci explique en partie l’échec au premier tour de la candidature bosniaque aux Jeux 2010. Il est pourtant fort probable que la ville retente ça chance pour 2014. Ainsi 30 ans après, la flamme olympique brûlerait à nouveau dans les cœurs des habitants de Sarajevo.

François Ruchti

NB: photographies d'ambiances à Sarajevo et de ski bosniaque ici

Argentine: un été sous la neige

Comme vous l'avez vraisemblablement vu, en compagnie de François Ruchti, nous sommes partis l'année dernière réaliser un reportage sur le ski en Argentine pour Freepresse. Pour celles et ceux qui n'auraient pas eu la chance (!) de lire l'article dans Skitime n°37, voici le texte de François Ruchti:

Un été sous la neige

Je croche les deux boucles de mes souliers, je resserre la lanière du tibia, j’ajuste le pantalon sur les bottes de ski puis je me redresse et par un mouvement de jambe brusque, je fais claquer deux fois mes skis au sol avant de m’engager dans la face pentue de Cerro Martin. Alors que je m’attendais à de la poudreuse, la neige est béton. J’exécute un virage dans l’urgence et de façon chaotique. Passé cette première courbe, tout mon corps se crispe pour affronter les rayons suivants. Cette tension est pourtant de courte durée. En effet, le manteau neigeux se détend et me laisse enfin savourer une descente freeride de plus de 800 mètres de dénivelé. Grisé par la vitesse, je me souviens à peine du voyage interminable qui nous a amenés sur les pistes andines. Celui-ci passe obligatoirement par Buenos Aires, mégapole au charme discutable et se prolonge sur plus de mille kilomètres dans la pampa avant de rejoindre les montagnes recouvertes de poudre blanche. Arrivé à la fin du run, les narines encore pleines de poudreuse, je n’ai qu’une envie : repartir l’été prochain!

Au sud des Andes Les possibilités de ski sont innombrables, mais pas les stations. Une dizaine de complexes de ski existe en Argentine. L’une des plus connues est Bariloche en Patagonie. Ville à l’aspect de village de montagne, elle est souvent décrite comme une station suisse. Il faut dire que la spécialité du coin est le chocolat. Le dépaysement culturel n’est pas à chercher dans les rues de Bariloche, mais plutôt dans la beauté sauvage de la région. Une fois arrivé sur les pistes de Cerro Catedral, la station de ski locale, on peut admirer un paysage à couper le souffle. Des montagnes alpestres aux arrêtes déchiquetées se découpent dans le ciel alors qu’à leur pied des forêts et des lacs s’étendent paisiblement. Le décor choque par son caractère sauvage. Les pentes ne sont peut-être pas très raides, mais elles sont vierges de traces laissées par l’homme. Il existe de jolis hors-pistes non loin du domaine officiel. Une combe encore inexploitée est facilement accecible au sommet des installations. Il y a aussi de magnifiques itinéraires de randonnées sur l’autre versant de la montagne. Le club andino vous indiquera ces courses passant par de nombreux refuges.

Foret magique et steak frittes sur les pistes En poussant plus au nord, on peut aller faire quelques courbes dans la station de Chapelco. San Martin de Los Andes est le village le plus proche de cette station qui se révèle être avant tout une plaisanterie pour freestyler. Il y a plus de restaurants qui servent le traditionnel baby steak de 450 grammes que de pistes dignes de ce nom. Avec nos skis d’ 1 mètre 90, les locos locaux nous regardaient comme des extraterrestres : la neige poudreuse est visiblement rarement au rendez-vous dans ce cette région. Seule une forêt magique aux troncs torsadés recouverte de gigantesques barbes de lichen et la présence d’un snow parc peuvent justifier le détour.

Skier plus vite que la lave Hiver oblige, il n’y a que très peu de cols ouverts pour passer la frontière. Depuis San Martin, les bus pour le Chili passent au pied du volcan Lanin. Il se laisse admirer durant l’interminable contrôle bureaucratique des gardes-frontières. Pucon, une petite ville touristique au pied du volcan chilien Villarica, est la destination idéale pour ramener plus qu’une photo de ces montagnes de feu. Le Villarica est un sommet blanc, esseulé qui crachote de minces fumées grisâtres. Dans notre auberge, notre logeuse nous explique que l’ascension est possible. Ce petit bout de femme au visage marqué par le soleil nous recommande de monter avec un guide et du matériel spécial. Casque, corde, baudrier et masque à gaz semblent obligatoires. Le prix étant exorbitant, plus de 80 dollars, nous décidons d’opter pour une approche plus légère pour notre dos et notre porte monnaie. Sans équipement autre que des crampons et une bonne connaissance de la montagne, nous gravissons le volcan en 4 heures. Au sommet, le magma noirci au contact de l’air tranche avec le manteau neigeux blanc de la montée. Entre deux fumées soufrées, on peut même apercevoir de la lave incandescente. La descente qui suit est très agréable. La pente permet de lâcher de grandes courbes dans une neige revenue.

La ville à la montagne Les yeux encore remplis de soufre, nous partons pour las Lenas. Pour y accéder depuis le Chili, on doit emprunter la fameuse panaméricaine. Cette route mythique qui traverse du sud au nord l’Amérique passe au travers des vallées perdues et des cols qui semblent infranchissables. Des carcasses de camions, à demi ensevelies sous un linceul de neige ne semblent pas troubler l’interminable file de poids lourds qui y circulent. Après deux jours de bus nous atteignons enfin la station de ski. La première impression est loin d’être bonne. Las Leñas ressemble à ces ratés architecturaux de station française sortie de nulle part. Comme à Tignes en pleine saison, les tarifs sont eux aussi atroces, même pour l’Argentine.

Hôtel fantôme En sacrifiant la vie nocturne, il est possible de séjourner à las Moelles, village à une trentaine de kilomètres de la station. Au delà du prix, c’est surtout l’hôtel abandonné à l’extrémité de la bourgade qui vaut le détour. Dans une ambiance de maison hantée, on trouve encore au milieu des ruines, les anciens bassins d’eaux chaudes du complexe. À la tombée de la nuit, alors que la neige recouvre les traces de pas, l’atmosphère à la blairwitch donnera des sueurs froides aux skieurs en manques de sensations fortes.

Le ski et rien d’autre À station de las Leñas, on vient pour le ski ! De ce côté-là, on n’est pas déçu. Le télésiège de Marte donne accès à un vaste domaine de hors-piste. Il y en a pour tous les goûts ; champs de poudre, couloirs ou itinéraires exposés. La clientèle qui est dans une large proportion composée de la Upper classe d’Argentine, ne pratique que très peu le hors-piste. Il y a donc que les quelques touristes américains ou européens pour vous gâcher le plaisir de la première trace. Mais il faut toutefois faire attention aux nombreux cailloux à peine cachés sous la neige. Ils risquent à tout moment de transformer une banale chute en quelque chose de dangereux. En marchant un peu, de magnifiques sommets offrent de belles possibilités de freeride. Que ça soit Cerro Martin, Cerro Negro ou Cerro Entre Rios, les pentes s’ouvrent et permettent de lancer des courbes sans retenue. Quel rêve, vivement l’été prochain !

François Ruchti