Impressions photographiques

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Wednesday 22 February 2012

Patinage artistique au bord du Lac Léman


     Anais Morand, championne suisse de patinage artistique en couple sur les berges du Lac Léman à Versoix

 

 

Tout ce que la Suisse Romande compte de photographes s'est rendu ces dernières semaines sur les berges du Lac Léman pour immortaliser les structures de glace. Un spectacle d'une beauté étonnante et une ambiance surréaliste offerts par une vague de froid extrême associée à la bise. A voir le nombre d'appareils photos sur place, même avec une créativité aiguisée, il paraissait difficile de trouver des angles originaux pour fixer le paysage figé. Qu'à cela ne tienne ! Les images des voitures captives de la glace ont fait le tour du monde et ont même été utilisées à des fins publicitaires par  Audi et le TCS.


Aimant photographier des performances dans des endroits insolites (grimpe et skateboard dans les vignes) et admiratif de la féerie du lieu, je me suis mis en tête de faire patiner des athlètes sur les structures glaciaires éphémères. Deux patineurs artistiques de haut niveau ont répondu avec enthousiasme à mon projet : Anais Morand, multiple championne suisse de patinage en couple, et Laurent Alvarez, champion suisse de patinage. Je les remercie ici pour leur disponibilité.


La glace des vagues n'a rien à voir avec les conditions optimales d'une patinoire préparée. Apprivoiser et maîtriser la surface bosselée et d'une dureté variable aurait été un défi impossible pour des patineurs du dimanche. Les deux sportifs ont dû de surcroît affronter une météo pour le moins inhabituelle. Dans une patinoire de compétition, la température est au minimum de 15°. Lorsque nous avons commencé le shooting avec Anais, le mercure indiquait -11° à Versoix. Pas de quoi les refroidir, ni elle, ni Laurent, puisqu'ils ont tous deux offert des séquences éblouissantes à mon regard et à mes objectifs.


En plus des photos disponibles dans mon portfolio, quelques images de cette journée mémorable entre les quais de Versoix et le port de Mie-Tanay.












                                                                                       


Tuesday 15 March 2011

Opération Guillaume Tell : les Confessions intimes Suisses


    Fidel Petros et Yohan Ziehli remplacent un panneau "commune d'Europe" par une pancarte "commune de Suisse". Cliquez sur l'image pour l'afficher en plus grand.

 

Vendredi soir, 23h30. Confortablement installé devant TF1 à se goberger de la misère d'autrui? Non. Mon programme est moins alléchant: je m'apprête à photographier des panneaux routiers en compagnie de jeunes UDC. C'est ainsi l'œil déjà presque fermé que je conduis vers le point de rencontre. Toutefois, le déroulement de la nuit démentira mon appréhension.

 

Le Matin Dimanche a été averti du déroulement de l'opération "Guillaume Tell". A l'aube d'un week-end électoral, les jeunes UDC vont recouvrir les panneaux "Commune d'Europe" par des placards "Commune de Suisse". Estimant les sigles européens, n'ayant pourtant quasiment qu'une valeur touristique, trop tendancieux, les jeunesses du parti majoritaire (voir les images de l'assemblée nationale) ont pour mission de masquer en une nuit l'hégémonie de l'abominable UE.

 

Arrivant sur le parking du rendez-vous, je me réveille directement lorsque deux "Men in Black" se dirigent l'air décidé vers la voiture estampillée des couleurs de l'hebdomadaire précité. Je me demande ce qu'ils me veulent jusqu'à comprendre que ce seront eux les héros de la soirée. Ils paraissent jeunes, très jeunes, mais, en dehors des traditionnels boutons d'acné adolescents, ils sont beaux et fringants. Très classe dans leur costume fraîchement reçus. Trop classe au milieu des autres jeunes prêts à faire la fête en cette nuit.

 

En face de moi, deux gymnasiens de 17 ans : Yohan Ziehli et Fidel Petros. Ils sont engagés pour le parti. Le premier est président des jeunes UDC de la section Riviera – Pays d'Enhaut, le second est caissier de l'association. Un troisième larron est encore présent : le conducteur. Avant même que j'aie sorti mon appareil photo, il m'indique : "Moi, j'y suis pour rien, je ne participe pas à l'action, je ne veux pas apparaître en photo... et ne photographiez pas ma voiture non plus." Plus tard, nous apprendrons qu'il s'agit également de l'un des pontes locaux de l'UDC. Dès ce moment, je me dis que TF1 aurait matière à tourner un épisode de Confessions intimes.

 

Pas le temps de s'attarder sur de courtoises salutations, il y a du boulot. Une trentaine de panneaux doivent être apposés durant la nuit entre Lausanne et Bex. Notre première cible, Lutry. On se gare à une centaine de mètres de l'entrée du village ; il ne faudrait pas être repéré et gâcher la mission. En toute discrétion, nous nous dirigeons vers le lieu d'action. Marcher le long de la route cantonale n'est pas des plus rassurants. Qu'importe, la fougue et l'excitation font oublier le danger à nos deux acteurs. Pour ma part, sortir les flashs pour figer l'action était une obligation au vu de l'absence de lumière, mais cela s'est aussi par la suite révélé être une protection : sitôt un flash vu par un automobiliste, un coup de frein énorme est donné et le véhicule se retrouve tout au plus à 40km/h au lieu des 80 autorisés !

 

A peine quelques photos plus tard, Yohan reçoit un appel du pilote mentor (resté sagement à l'abri du trafic et des regards dans sa voiture) : il n'y a pas de temps à perdre, il faut continuer la route. Ni une ni deux, nous repartons en direction de l'entrée opposée de Lutry. Nous l'outrepassons, tournons à Lausanne avant de revenir, non sans quelques hésitations, au point de départ. Nous sommes-nous perdus ? "Non, évidemment ! Mais les endroits que l'on visait étaient trop élevés pour être atteints. Le repérage sur cette région n'a pas pu être réalisé de manière optimale". Ainsi soit-il.

 

Notre second arrêt est Paudex. Le sigle européen est placé à un peu plus de deux mètres. L'activité physique peut commencer pour les deux politiciens en herbe. Voir sautiller et s'acharner deux bonhommes contre un poteau à presqu'une heure du matin est comique. Mon objectif a patiemment espéré une figure de courte échelle, mais en vain malheureusement !

 

Deux couronnes étoilées sont maintenant masquées. En route pour les suivantes. C'est là que le programme se corse. On roule, on roule et on tourne sur route. Nous sommes-nous perdus ? "Non, évidemment ! Mais il y en a moins qu'on pensait de ces panneaux finalement", nous rétorque-t-on de manière  plus convaincue que convaincante, mais ainsi soit-il. A nouveau !

 

A 2h (horaire de fin initialement prévu, mais ensuite revu à 4h sur une note d'optimisme), alors qu'une Europe de plus a disparu (non sans détours et autres errances), nous atteignons Epalinges. Une fois le carton Suisse posé, une bande de jeunes débarque. Sans animosité, mais avec humour et interrogations. Tous désirent poser avec ceux qui seront leur animation de la nuit. La cravate "moutons blancs" de Yohan est le centre d'attraction et la source de rires. Fidel est interrogé sur son appartenance à ce parti en tant que "mouton noir apparent". Il se justifie en disant ne pas avoir été considéré en fonction de sa couleur de peau, mais en tant que personne à son entrée à l'UDC. Ceci ne fait l'ombre d'aucun doute. Fidel est évidemment une force de conviction supplémentaire pour le parti.

 

Ma carte mémoire étant remplie de clichés et la durée d'un épisode de Confessions intimes déjà largement dépassée, mon chemin se séparera ici de celui de Yohan et Fidel. Je ne saurai jamais combien de panneaux ils auront posés (au rythme initié, une douzaine!), mais je ne regrette en rien de n'avoir pu dormir. Assister en live à une émission incontournable de TF1 était "tristement enrichissant". Par contre, je me demande si Yohan et Fidel n'auraient pas, eux, mieux fait de simplement compter les moutons.

 

Ci-dessous, encore deux photos de l'action à Lutry.


                                                                                       



                                                                                       


Thursday 9 December 2010

Retour en images sur l'assemblée de l'UDC à Coinsins


    Un enfant à l'assemblée des délégués UDC à Coinsins, photographiée pour le "Matin Dimanche" le 04.12.2010.


Chargé de couvrir l'assemblée des délégués de l'UDC (Union Démocratique du Centre) pour le Matin Dimanche, j'ai directement su que mon objectif pourrait s'offrir quelques scènes singulières. Pourquoi? Au delà des personnages, déjà simplement par le lieu choisi pour tenir ce congrès: un champs enneigé en-dessus de Gland, à Coinsins. Après s'être vu fermer les portes de l'UNIL et du Palais de Beaulieu, l'UDC a opté pour un lieu pour le moins incongru, mais pas si inopportun au final. Se plaçant en victime, le parti "agrarien" a réussi une belle opération de marketing. Les médias se sont relayés pour offrir une large place à cette réunion et l'UDC a pu se parer d'une image, au propre comme au figuré, de parti proche de la terre et du peuple.

Si tout a été dit dans les journaux (voir l'article du Matin Dimanche), je m'étonnerai simplement pour ma part de retrouver sous une même bannière, des milieux diamétralement opposés à première vue: que font de richissimes Zurichois avec des agriculteurs du Gros de Vaud et certaines personnes aux penchants de très extrême droite? Pas de réponse, mais une série de photos pour raconter en quelques pixels cette assemblée.



                                                                                       


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Friday 1 October 2010

Grimpe compacte

Porter une tonne de matériel: la tare du photographe?

    Cintya, grimpeuse improvisée aux Diablerets.

Travailler en lumière naturelle soulage agréablement le dos: pas de lampes, pas de câbles et pas de batteries à transporter. Cependant, il demeure encore le poids (et l'encombrement) du boîtier et des objectifs. Bosser uniquement au compact a toujours été un rêve. S'il me faudra vraisemblablement encore patienter un peu pour délaisser mon cher et tendre réflex, les compacts permettent, dans de nombreuses situations, d'obtenir des résultats d'une qualité quasi irréprochable. En voici une petite expérience lors d'une session de grimpe.
Invité par mon frère à m'essayer à la varappe, je suis parti le sac léger, sans le moindre appareil, sachant que, même ainsi, j'allais "cracher mes boyaux"! Mais voilà, une fois au pied de la falaise, la passion reprend le dessus: de sympathiques lumières éveillent mon oeil et me font regretter de ne pas avoir fait l'effort d'emporter mon outil de travail. Qu'importe, parmi nos amis présents, l'un possède un Canon Powershot a720is (un long nom barbare pour décrire un banal compact "vieux" de 2 ans). La prise en main est rapide et, à mon enchantement, l'appareil offre un mode manuel. Cette fonction est la clé: une sous-exposition quasi maximale et l'amusement peut commencer. Je ne me risquerais peut-être pas à réaliser des tirages en 60x90cm des photos ci-dessous, mais la qualité intrinsèque n'est plus à prouver. Il ne reste maintenant plus qu'à en définir la qualité artistique!

                                                                                       



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Monday 17 May 2010

Long'I'Rock festival ou comment affronter les Saintes Glaces

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     Ensiferum et son public, Longirod, mai 2010 - Référence: Long01


Un trou perdu, de la boue et une température oscillant entre 5 et 10°: bienvenue à Longirod pour la première (et probablement dernière) édition du Long'I'Rock Festival. A vue de nez, rien de bien engageant dans cette description. Ce sont pourtant plus de 28'000 spectateurs qui ont bravé la météo pour venir danser, ou plutôt sauter et s'entrechoquer, sur les riffs acérés des guitares. Une programmation pointue entre hard rock et metal a permis aux festivaliers de résister au climat inhospitalier du Jura: Scorpions, Black Rebel Motorcycle Club, Gogol Bordello, Trust, Soulfly, Ensiferum et Juliette Lewis entres autres, retrouvez ci-dessous quelques photos réalisées pour "20 Minutes".

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Saturday 26 September 2009

La guerre, ce grand jeu.

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     Swiss Raid Commando, septembre 2009:  des militaires grecs en action - Référence: Mil01


Des rambos lâchés par centaines, des super-pumas en rotations constantes, des milliers de soldats pour entourer le tout: le Chablais prend des airs de Vietnam ce week-end. Une guerre helvético-lybienne? Non, un simple décor: bienvenue au "Swiss Raid Commando".


Cette compétition s'adresse principalement à des militaires entraînés qui veulent s'affronter, dans le cadre d'un exercice de type "commando". Par équipe de quatre, les "raiders", suisses et étrangers, s'affrontent deux jours durant lors de trois phases (physique, technique et tactique). Mon objectif s'étant mêlé aux canons des mitraillettes, voici quelques impressions:


     Cliquez sur les images pour les afficher en plus grand format.

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Monday 20 July 2009

Et si le réchauffement climatique poussait à la poudreuse d’été ?

Alors que des chutes de neige sont venues reblanchir les sommets ce week-end, voici un article écrit pour le magazine 7sky l'été dernier. Cliquez sur les vignettes des images à la fin du billet pour les voir en plus grand.

Hiver 2006-2007 : qui ne se souvient pas des bandes de neige canonnée au milieu des pâturages ? Terrible constat d’impuissance et d’échec de la technologie humaine lorsque ces dernières s’effacent sous les assauts répétés du foehn. Le réchauffement climatique ne peut plus être nié. Les conditions hivernales rapportées par nos grands-parents ne se reproduiront vraisemblablement plus suite à leur, mais encore plus à notre bêtise. Moins de poudre en hiver… que faire ? La chercher en été, tout simplement !



     Nicolas Vaudroz, les Diablerets - Glacier 3000, été 2008 - Référence: Bsum01

« La limite moyenne des chutes de neige remonte d’environ 100 m par décennie depuis les années 70 ». Martine Rebetez, scientifique de renom au WSL (Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage) et professeur à l’Université de Neuchâtel le constate tout aussi scientifiquement que tristement dans ses études. Il faut savoir que le réchauffement climatique est deux fois plus marqué dans les Alpes du Nord que dans le reste du Monde. Au rythme où Celsius s’élève actuellement, il se pourrait que la température moyenne augmente de 8° dans nos montagnes d’ici 2100. Un mois comme avril 2007 (excédent thermique de 5 à 7.5° degré selon Meteosuisse) deviendrait alors la norme. Les conséquences sont évidentes pour tous les adeptes des joies nivéales ; une durée d’enneigement faible, une poudreuse rare et une limite pluie-neige élevée provoqueraient à coup sûr des signes dépressifs certains chez les glisseurs.

Alors ranger skis et snowboards au musée ? Changer de sport ? Abdiquer ? Trouver le plus haut pont et sauter ? Non, l’espoir fait vivre!

Selon René Reber, le plus ancien (ancestral même peut-être : celui-ci a déjà lu sa propre mort une fois dans la presse des années 30 suite à un accident) professeur de ski des Diablerets, il n’y a qu’un mois par année où la neige ne tombe pas à 1900m. Même si de nos jours, un brin d’optimisme réside derrière cette affirmation, celui qui veut esquisser quelques courbes en plein été, loin des glaciers peuplés et pollués de skieurs gangsters sur barres de fer, trouve toujours un moyen de parvenir à ses fins.

Il faut guetter les modèles météo, scruter le moindre flux de Nord-Ouest susceptible de blanchir les sommets, repérer les zones où des névés officieront comme couche de fond, arranger son planning pour le matin où le ciel se déchargera et surtout se nourrir d’illusions, espérer et profiter de la moindre occasion ! Suite à des observations aussi personnelles que subjectives sur les trois dernières années (rien, mais alors rien de scientifique à cela !), la neige fait son apparition de manière skiable en dessous de 2500m une fois par mois entre juin et septembre.

Pour les lecteurs tentés par l’expérience de la poudre estivale, voici quelques avertissements, constats et mises en bouche. Quand le matin du jour J, vous sortirez de chez vous, lourdement chargé d’une épaisse veste et du matériel de ski, un décalage face à l’univers extérieur se fera peut-être ressentir. Vous avancerez au travers d’un monde étrange, voir hostile, des arbres verdoyant de manière insolente à la grand-mère interrogative promenant son chien au petit matin. N’ayez pas peur de vivre des remarques à mi-voix du genre : « T’as vu ? Il doit lui manquer une case au pauvre type. » Qu’importe, tant qu’il y a la passion des flocons !

Une fois les premières neiges atteintes (idéalement avant 8h, histoire que le rayonnement ne les transforme pas trop), sachez que vous allez transpirer et suinter le gras accumulé durant l’hiver par les moindres pores. Crapahuter dans la neige en plein été demande logiquement un effort bien plus important qu’au mois de février.

Suite à ces deux éléments que certains considéreront comme négatifs (tentez de les voir comme drôles), le positif absolu. Vous vous retrouverez dans une montagne vierge. Une nature aux contrastes saisissants : l’écart substantiel, et inhabituel pour le skieur hivernal, entre la candeur de votre entourage direct et les prairies vertes en aval est d’une beauté surprenante. Seuls éléments humains proches, vos empreintes de montée. En dehors, pas de trace : en été, pas besoin de lutter pour dessiner la première, l’espace vous est entièrement dédié. Il ne reste alors plus qu’à se laisser glisser, chérir l’instant des premières courbes dans de la poudre légère jusqu’aux dernières, plus hésitantes lorsque roches et herbes recommencent à parsemer l’élément préféré.

Après la descente, que reste-t-il ? L’envie de recommencer bien sûr, mais aussi la jouissance de rentrer au bureau l’après-midi, le visage brûlé par le soleil et un large sourire aussi satisfait que rêveur aux lèvres.

Sébastien Anex



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Wednesday 17 June 2009

Trouver et perdre des têtes à Dublin

Un lieu, une personne ou une personne, un lieu. Cela donne déjà pas mal d'associations possibles. Considérant de surcroît que nous nous trouvons dans une ville de plus de 500'000 habitants, les combinaisons en deviennent infinies.

     People in Dublin, october 2008 - Référence: Dubpeo07

Dublin, octobre 2008: je termine un séjour irlandais par une après-midi de vagabondage dans les rues de la capitale. Après avoir photographié quelques tags, mon oeil est attiré par une multitude de décors citadins graphiques. Comment les rendre vivants, originaux? En y ajoutant un ou des humains. Hop, départ à la rencontre d'irlandais inconnus!

La consigne est simple: aborder le premier venu, lui demander de poser quelques secondes à un endroit déterminé et laisser une liberté totale d'attitude au sujet photographié. A ma grande surprise, la plupart des personnes accostées se prêtent au jeu. Peut-être que mon "frensh accent" est rassurant!

Mais pourquoi cette démarche (au-delà du fait de ne pas passer l'entier de ma balade à photographier des graffitis!)? Il me semble intéressant d'imaginer, du moment de la prise de vue au visionnage du cliché, qui sont ces individus. Quelles sont leurs aspirations? Leurs actions? Jouent-ils un rôle devant l'objectif? Leurs apparences sont-elles révélatrices de leurs vies? ..? Autant de questions auxquelles je n'aurai très certainement jamais réponse. Ceci me passionne dans ce type de photographies. Elles suggèrent, mais ne disent rien dans une absolue relativité. La réalité?! Non, même pas une, mais plusieurs!

Les six images préférées se trouvent sur mon site, mais vu que les goûts et les couleurs sont d'une relativité aussi radicale que la photo, voici encore huit clichés complétant la série (cliquez sur les vignettes pour les afficher en plus grand format).

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Sunday 7 June 2009

Fête cantonale vaudoise de Lutte Suisse

La Lutte Suisse... un nom déjà barbare et étranger à beaucoup. Mais, que dire de ce sport doucereusement appelé "Lutte à la culotte"? Une bagarre intersidérale de bébés mutants? Non, il s'agit tout simplement d'une séculaire tradition helvète. Au centre d'un cercle de sciure, deux lutteurs enveloppés de culottes en jute s'affrontent. Le but est de, sans lâcher le vénérable slibard de son adversaire, le mettre à terre.
Lors des fêtes fédérales de lutte (tous les trois ans), une foule immense est drainée pour voir s'affronter les colosses nationaux. Ceci n'empêche pas les réunions plus locales de rencontrer également un vif succès populaire. Ce fut le cas lors de la 86ième édition de la fête cantonale vaudoise, ce dimanche 7 juin à Aigle. Voici un mini reportage photo (seules 30 minutes ont pu être accordées à cette manifestation), entre les copeaux et la sueur.






















Thursday 28 February 2008

Rayonnante balade au pays sans soleil

30 mètres de neige ? S’agit-il d’un glacier ? Non, tout simplement de la quantité de poudre qu’a reçue la station de Mount Baker sur la saison 98-99. Record mondial sur un domaine skiable évidemment. Le quidam se dit « Oui, mais c’était il y a 10 ans. De nos jours, réchauffement climatique oblige, de telles quantités sont inimaginables ». En dehors du fait que des déductions climatiques ne peuvent porter sur un laps de temps aussi faible, la petite station du far west étasunien continue à s’enfoncer sous des mètres de neige année après année. Retour sur un terrain de jeu que les D1 ont adoré !

Serge Dupraz contacte ses riders, Ludo Strohl, Polo Delerue et Nico Vaudroz : « Un bank slalom mythique et des descentes freeride à volonté, ça vous tente ? ». Une question qui ne nécessite ni précisions, ni réponse. Tout le monde n’a pas les mêmes disponibilités et les retrouvailles à Vancouver sont un brin aléatoires. Cependant, motivée par la même idylle « poudreusorgasmique », l’équipe se retrouve finalement au complet pour passer la frontière.
Après un passage on ne peut plus commode des douanes américaines (le grand sourire de Ludo n’y étant très certainement pas pour rien), changement de décors : à la périphérie urbanisée de Vancouver succèdent des paysages dignes des films far west. On s’imagine aisément que s’éloigner de 10 kilomètres à gauche ou droite de la route sans boussole nous condamnerait à tenter de survivre de mousses et d’eau fraîche, en évitant soigneusement de croiser le chemin d’un ours affamé ! Au contraire de l’Europe centrale, les marques anthropiques sont ici peu présentes, pour ne pas dire totalement absentes. Le franchissement d’une crête ne mène pas à une autre vallée parsemée de chalets, mais à une rivière entourée de vastes forêts composant une nature encore préservée.
Non désireux d’affronter les grizzlis en s’enfonçant dans la jungle forestière (le remake du film « Into the wild » n’est pas encore prévu), les amis de la D1 poursuivent leur route en direction de la station. Après quelques miles, la pluie, tombant sans discontinuer depuis l’arrivée canadienne, se mélange aux flocons. Rapidement les bas côtés de la route se transforment en hauts côtés. Les dernières épingles conduisant à la station ressemblent même à une véritable tranchée. Non, les murs de neige ne proviennent pas d’un passage dans un couloir à avalanche ; la continuité des murailles est parfaite. Le bulletin d’enneigement annonçant plus de 5 mètres de neige au sol en bas de la station n’était donc pas aussi fantaisiste que ceux que les offices du tourisme alpins publient.
La station correspond à son environnement peu aménagé : un unique bâtiment à la base et quelques télésièges s’effaçant rapidement dans la tempête de neige. Un panneau indique que 50cm sont tombés durant les dernières 24 heures et que le snowpark est enterré. Après une discussion avec les locaux, on apprend que la situation est simplement normale. A défaut du soleil, les visages de Ludo, Polo et Nico, déjà enthousiastes avant l’arrivée, rayonnent de sourires resplendissants. Sans attendre, les premières lignes sont tracées. Etonnant pour les européens, aucun bruit suspect sous les planches quel que soit l’endroit où l’on passe : ici, ce ne sont pas les vernes ou les rochers qui sont redoutés, seules doivent être prises en compte pour chaque descente les pointes de sapin ! La poudre vole sur des mètres ; même dans les rêves les plus fous, autant de neige n’avait encore pu être imaginée.
Une brève trêve au pays des merveilles : le « Legendary Banked Slalom », l’une des premières compétitions de snowboard, attend les D1. Depuis plus de 20 ans, les légendes se sont succédées au palmarès de cette course : Shaun Palmer, Terje Haakonsen, ou encore Victoria Jealouse sont tout un chacun repartis avec le rouleau de Duck Tape promis au vainqueur. Un lot ô combien surprenant au premier abord, mais évident après réflexion : au début des années huitante, le duck tape était le meilleur ami du snowboardeur : attacher sa planche, réparer ses habits ou s’improviser des boots à partir de chaussures normales était presque le quotidien de tout monopède !
Des légendes véritables… pourquoi alors ne pas voir une Dupraz au sommet ? Malheureusement, ce n’est pas cette année que la planche sera consacrée. Après une bonne première partie, emportés par la fougue, Polo et Ludo sortent du tracé au dernier virage des qualifications. Faute à la météo capricieuse, la route d’accès à la station est fermée et la deuxième journée qualificative n’a pas lieu. La finale se déroule, sans D1, un jour plus tard et voit (ou plutôt entraperçoit) gagner Temple Cummins au travers d’une nouvelle tempête de neige.
Qu’importe ! Plus de temps peut ainsi être accordé à la découverte du domaine. Pillows énormes, traces recouvertes du jour au lendemain, réceptions de sauts sans heurs… la « normalité » de Mount-Baker est assurément très plaisante. Pour sûr, le rendez-vous est déjà pris pour l’année prochaine, sous des tonnes de neige… comme d’habitude !

PS: photos disponibles sur www.sebanex.com

Wednesday 7 November 2007

Eloge du déchet

Tel était le titre de mon projet présenté pour le Grand Prix International de Photographie de Vevey. Il n'a malheureusement pas été retenu parmis les lauréats finaux (vaiqueur: Geert GOIRIS). En voici tout de même les explications, en attendant les images à venir sur www.sebanex.com

Eloge du déchet

Le déchet, rebut de notre société à éradiquer?

Au moment où l’humanité consomme plus que la planète ne produit, le déchet véhicule depuis longtemps une image très négative. Est-ce cependant suffisant pour provoquer un changement de mentalité ? Assurément pas, tant l’on constate la croissance intense et persistante des flux et des masses de détritus. L’ancrage des réflexes et tares du conditionnement consumériste de l’être humain est tel que, dans l’immédiat en tout cas, celui-ci n’est pas prêt à modifier ses comportements et réduire de manière drastique le volume de déchets qu’il génère pour apporter une solution durable à cette problématique à la fois environnementale, sociale et économique.

Pourquoi dès lors ne pas tenter de modifier l’image et la voie du déchet ? A première vue, « le déchet positif » se conçoit mal ! Toutefois, une science novatrice, l’écologie industrielle, se propose d’en définir le concept. Se fondant et calquant sur le fonctionnement des systèmes naturels, elle tente d’optimiser les flux de déchets en bouclant énergétiquement au mieux les cycles de matières entre ressources et déchets : le déchet émanant d’une première activité est utilisé et se voit même valorisé comme ressource dans un processus subséquent. Dans ce simple schéma à deux compartiments, susceptible évidemment d’être développé et étendu, le déchet anoblit son statut en permettant la préservation d’une ressource primaire.

Dans cette perspective, je me propose tout d’abord de filer et fixer par la photographie le destin actuel des déchets de construction en Suisse, peu valorisés en l’état. Grâce à cette première approche sensibilisatrice et aux connaissances scientifiques acquises, un projet de remédiation au gaspillage de la matière pourra être mis à jour soit par le mémoire d’un étudiant, soit directement par le travail de professionnels du domaine, en l’espèce le bureau Ecoservices et des collaborateurs du GEDEC. Je suivrai ensuite le cheminement des écologues des temps modernes, allant de l’entrevue avec les industriels in situ à la mise en place des plans d’optimisation, en mettant en évidence tout à la fois les véritables avancées et progrès, les limites, les échecs et les failles entre idéalisme utopique et réalités. Mon travail tendra enfin à exprimer les modifications de l’image et de la voie du déchet, corollaires des mutations de sa gestion suite aux travaux susmentionnés.

Ce projet ne présentera pas seulement les caractères usuels d’information et de sensibilisation de l’image, souvent absorbée et digérée trop rapidement sans réelle prise de conscience par l’opinion publique. Il cherchera à profiler et construire un projet concret d’une amélioration environnementale au travers d’un photojournalisme que je ne veux pas purement descriptif, vulgarisateur et général, mais plutôt engagé, novateur, créatif, provocateur même et générateur, je l’espère, de changements effectifs.

Sébastien Anex

Sunday 30 September 2007

Interview de François Dufour, responsable de l’antenne valaisanne de l’institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF)

A l'heure où les premières neiges font leur apparition, voici un état des lieux de la recherche nivéale grâce à cet interview, sympathiquement accordée par François Dufour.

• François Dufour, quelle est votre activité ?

Je suis responsable de l’antenne valaisanne de l’institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF-Weissfuhjoch/Davos). Le but de cette antenne n’est pas seulement la recherche au niveau de la neige et des avalanches, mais de tous les dangers naturels. En été nous nous intéressons donc aussi, aux laves torrentielles et aux crues.

• Quel a été votre parcours de vie précédemment, comment en êtes vous arrivé là, était-ce une vocation ?

Comme formation, j’ai suivi des études d’ingénieur civil à l’EPF-Zürich. Ensuite, j’ai travaillé pour Electrowatt (un grand bureau d’ingénieurs). Je suis allé à l’étranger. Puis, une fois rentré en Valais, j’ai ouvert un bureau d’ingénieur. La conjoncture n’étant pas terrible dans ce domaine là, j’ai eu l’occasion, il y a 8 ans, de faire de mon hobby – la montagne - ma profession : j’ai eu contact avec le directeur du SLF, M. Amman, qui me connaissait et m’a demandé si j’étais intéressé à reprendre ce poste de responsable. Je me suis engagé un petit peu dans l’inconnu, puisque je changeais de profession. Mais c’était ma passion et tout c’est bien passé !

• Que cherchez-vous à analyser et à prévoir d’une manière plus précise?

Nous sommes axés sur les dangers naturels en général. Nous cherchons à obtenir plus d’informations pour mieux modéliser les avalanches, afin de réaliser des cartes de danger plus précises. Bien que dans le domaine des avalanches, 95% des cartes soient déjà réalisées, elles doivent en tout temps être réactualisées en fonction des nouvelles connaissances. A propos des autres dangers naturels, nous sommes par contre en retard. Par exemple, pour les éboulements, les crues et les laves torrentielles, les phénomènes sont globalement connus, mais on ne sait pas du tout à quel moment ils pourront se produire et quel sera leur ampleur. Nous avons ainsi de la peine à établir des cartes de danger, qui sont toujours liées à un temps de période de retour. Nous devrons donc axer notre recherche plus spécialement sur ces phénomènes.

• Y a-t-il un type d’avalanche qu’il faudrait mieux connaître ?

Oui, il s’agit du type d’avalanche qui tue le plus: les avalanches de plaques. Attention, les plaques produisant ces avalanches ne sont pas formées uniquement par le vent comme on le croit en général, mais aussi lors de chutes de neige normales en fonction de la température et de l’humidité. Les avalanches de neige froide d’hiver sont, pour les agglomérations et les voies de communication, les plus dangereuses car elles vont plus vite et plus loin que les autres avalanches. Pour les randonneurs, même de petites avalanches de plaques peuvent êtres dangereuses et avoir des suites dramatiques. Ces petites plaques sont en général difficiles à déceler et nécessitent beaucoup d’expérience pour être évitées ainsi qu’une bonne lecture du bulletin d’avalanche. Comme on le sait, ce bulletin définit des degrés de danger de 1 à 5 (1 correspondant à un danger « faible », 5 à un danger « très fort »). Pour la sécurité de la population en général, ce sont les degrés de danger 4 et 5 (cela veut dire que des avalanches peuvent descendre jusque dans les fonds de vallée) qui sont difficile à gérer par les responsables de sécurité alors que, pour les randonneurs, la problématique vient généralement des degrés de dangers de 2 et 3. Lors de danger de degré 4, on ne devrait pas sortir des pistes et lors de danger 5, il vaut mieux rester à la maison…..

• Quelles sont les limites de la science?

Depuis 1931, date de création de l’Institut, nous nous sommes intéressés à tout : de l’avalanche jusqu’au flocon de neige, voir aux molécules le constituant. Nous avons de cette manière fait d’énormes progrès dans la connaissance de la neige. Nous avons vu que la structure du manteau neigeux (les différentes couches) était très importante pour le phénomène d’avalanche. Nous connaissons les paramètres qui peuvent influencer cette structure, donc le danger. Il y a, entre autres, la hauteur de neige fraîche, le vent, la température, l’humidité, le rayonnement, l’inclinaison et l’exposition de la pente. Par contre, là où il n’y a quasiment pas eu de progrès, c’est dans la définition du lieu et du moment exacts de l’avalanche. Nous savons qu’il y a des situations qui sont plus propices, ce qui fait que ces fameux bulletins d’avalanche peuvent être établis. Voici un exemple typique d’une situation hivernale : une pente Nord de 35 degrés recouverte d’une couche de 30cm de poudreuse lors d’un degré de danger 3 : quelqu’un s’y trouvant et déclarant qu’il n’y a absolument aucun danger est une personne dangereuse. Il n’y a pas un expert qui pourrait dans une telle situation être en mesure d’affirmer ceci. Par contre, par des observations et par des mesures de précaution (pas d’avalanche dans des pentes identiques, distance entre les skieurs, équipement adéquat, etc.), il est possible d’estimer le danger et de diminuer le risque…. tout en sachant que l’on en prend un tout de même.

• Sur quels résultats concrets ont débouché vos recherches ?

Les recherches ont amené à être plus performant dans tout ce qui concerne la prévention, comme par exemple les cartes de dangers, les bulletins et les ouvrages paravalanches. A partir des cartes de danger, des zones à construire et des zones où il est interdit de construire sont définies. La précision de ces cartes évoluera en fonction des connaissances et des moyens techniques. De nos jours, l’informatique nous apporte une aide précieuse pour modéliser les avalanches. Mais une modélisation seule n’est pas suffisante : il faut être sûr que notre modèle soit juste. Pour cela, nous avons besoin de sites expérimentaux, comme celui de la vallée de la Sionne au-dessus de Sion, afin de pouvoir mesurer réellement une avalanche. Ensuite nous intégrons cette même avalanche dans nos modèles et nous regardons ce qu’il en résulte comme valeurs de pression,de vitesse, de densité, etc.. En comparant ces valeurs calculées aux mesures faites sur le terrain, nous pouvons déterminer la qualité du modèle.

• Pouvez vous nous parler de l’évolution des connaissances depuis la création de l’institut ?

Depuis le début de l’institut, en 1931, la première évolution a été réalisée avec la publication de bulletins d’avalanche. Ensuite, il y a deux dates qui sont assez remarquables pour pouvoir quantifier l’évolution globale. En 1951, il y a eu une situation dramatique de danger d’avalanche dans les Alpes suisses qui a provoqué la mort de 98 personnes. En 1999, une situation presque identique s’est reproduite (ce n’est jamais tout à fait comparable, mais les conditions étaient tout aussi catastrophiques dans les Alpes) : on a eu à déplorer (c’est toujours trop, mais c’est nettement moins) 17 morts. Or, en 1999, beaucoup plus de voies de communication et de personnes se trouvaient dans des zones dangereuses, du fait du développement touristique. Cela veut dire qu’effectivement, on a appris à apprivoiser ce danger et on a pu définir des zones d’agglomérations dans des endroits qui n’étaient pas dangereux tout en protégeant les voies de communication de manière très efficace.

• Quels sont les influences et impacts de votre activité sur le comportement et la mentalité des gens, du skieur au constructeur de bâtiment ?

Il y a deux publics à distinguer. Premièrement il y a les sportifs (skieurs hors-piste et randonneurs) qui sont touchés par les bulletins d’avalanche et toutes les informations que nous essayons de donner. Nous transmettons notre savoir, au moyen de cours, d’articles et de brochures qui montrent comment l’on doit se comporter en cas d’accident, quel matériel l’on doit avoir et comment on l’utilise. Notre rôle est ici éducatif. Deuxièmement, nous avons un rôle de sécurité au niveau de la population en général. Nous devons former des chefs de sécurité, que ce soit pour les agglomérations, les stations de ski et les voies de communication. Ce sont des gens qui viennent chez nous pour apprendre à comprendre la neige, à estimer le danger d’avalanche, à comprendre le bulletin d’avalanche, à déterminer quand il faut déclencher des avalanches artificielles (afin d’éviter d’avoir par la suite des avalanches non contrôlées), à déterminer le moment de fermeture et d’ouverture les routes. Un troisième aspect du métier concerne le domaine de la glisse. Nous essayons de comprendre comment se comporte la neige avec la température, comment elle réagit par rapport aux skis. C’est un côté sympathique de la recherche pour pouvoir améliorer la performance des skieurs. Maintenant, ce n’est peut-être pas spécialement une bonne époque, mais cela fait longtemps que nous le faisons et il y a eu d’excellents résultats !

• Avez-vous déjà été pris dans une avalanche ou vécu une expérience proche ?

Oui : malheureusement, il s’agissait d’une avalanche meurtrière, mais, par rapport à mon expérience, elle m’a en même temps beaucoup appris. Nous étions un groupe de jeunes, accompagnés d’un guide. L’avalanche a entraîné la mort de trois personnes. Lors de ce drame, du fait qu’il n’existait pas encore d’appareil de recherche de victimes d’avalanche, les recherches sur place ne pouvaient se faire qu’au moyen d’un bâton de ski. Cet événement m’a fortement marqué : on a trouvé des personnes après 3 heures de recherche, alors qu’elles étaient encore chaudes. Cela veut dire que, si nous avions eu les moyens actuels, c'est-à-dire des détecteurs de victimes d’avalanche (DVA), pelles et sondes, nous aurions très certainement pu les sauver. C’est pourquoi, maintenant, je suis très sensible au matériel que l’on devrait avoir sur soit lorsque l’on fait du hors-piste ou de la randonnée: il nous donne une chance énorme de pouvoir nous en sortir, pour autant que l’on soit bien entraîné, avec une intervention dans les 10 à 15 minutes suivant un accident. Je trouve donc absurde de ne pas utiliser ce matériel sous prétexte que l’on prendrait ainsi plus de risques. C’est une question d’éducation et de philosophie : on doit se donner le maximum de chance, mais quand même toujours garder cette notion de risque à l’esprit. Il faut abandonner cette idée que l’on prendra plus de risque parce que l’on a du bon matériel. Ceci est aussi valable, par exemple, pour le casque à vélo ou pour la ceinture de sécurité.

• Qu’attendez-vous du prochain déclenchement, dans le cadre de vos recherches, dans le site de la vallée de la Sionne ?

Nous espérons toujours mieux connaître les avalanches, pour faire une meilleure modélisation pour les cartes de danger. Nous allons continuer à effectuer plus de mesures de pressions, de vitesses et de densité pour pouvoir développer de nouveaux modèles. Par exemple, nous possédons des modèles d’avalanches denses et d’avalanches de poudreuse, mais nous n’avons pas encore de modèles d’avalanches mixtes : or, dans la nature, 99% des avalanches le sont. Les vrais modèles représentant la vraie avalanche ne sont pas encore disponibles. Il s’agit donc d’obtenir de meilleures informations.

• Vous réjouissez-vous de ce déclenchement ? Etes-vous serein, craintif ?

C’est toujours extraordinaire de pouvoir essayer de comprendre la nature tout en la contemplant. On se sent bien ! Maintenant, nous ne sommes non pas craintifs (car si nous l’étions, ce serait dangereux : cela voudrait dire que la gestion, dans les limites de l’inconnue de la nature, ne serait pas optimale), mais très attentifs pour ne pas commettre d’erreur. L’erreur n’est pas permise, les conséquences pouvant s’en révéler tragiques.

• Quel est l’avenir de la recherche dans la nivologie, faudra-il encore des dizaines d’années avant de percer certains secrets?

Nous sommes loin de pouvoir actuellement définir le lieu et le moment exacts où l’avalanche surviendra et ne sais pas si une fois nous le pourrons. En tant qu’homme, je préfère encore garder une inconnue vis-à-vis de la nature. Toutefois, en tant que personne responsable de sécurité, il est clair que ce serait idéal de pouvoir définir quand une avalanche va partir. Cependant, il y a de nombreux paramètres entrant en jeu que nous ne sommes pas encore en mesure de gérer.

Merci!

SA

Friday 21 September 2007

Venue de Blocher à Lausanne : deux manifestations vues de l’intérieur

Note: les photos de la manifestation contre Christoph Blocher à Lausanne sont disponibles sur mon site.

« Nique la police, nique la justice ouh ouh »… Au milieu des flammes résonne le son grésillé d’un natel. Quel âge donner au propriétaire du portable? 12 ans, 14 ans ? Pas le temps de compter précisément les années de ce visage frêle : un lacrymogène fuse par-dessus les têtes. Cinquante mètres de course plus loin, un autre jeune s'écrie: « Balance le caillou le plus fort possible sur ces salopards de flics ». Comment en est-on arrivé là ?

Deux manifestations

Tout avait pourtant bien commencé. En arrivant sur la place de Palud, lieu de départ de la manifestation contre la venue de Christoph Blocher à Lausanne, la foule déjà présente est surprenante par sa masse. Il y a évidemment les inévitables roots hippies, les punks boutonneux à crêtes bien plus acérées que leurs convictions, mais surtout de nombreuses familles. De la fillette à la grand-mère, l’attroupement atteint 2000 personnes environ. Un succès certain pour les organisateurs qui n’attendaient pas plus de 1000 individus. L’omniprésence médiatique agaçante de Blocher durant les semaines précédentes y est certainement pour beaucoup.
« Ni moutons blancs ni moutons noirs: le racisme ne passera pas par nous » : scandant ce slogan en coeur, le troupeau coloré se met en marche en direction du Comptoir suisse, lieu où Blocher doit prononcer une allocution officielle. La procession remonte pacifiquement les rues lausannoises. Seules quelques bombes à eau jetées par des opposants à la manifestation du haut de leurs immeubles ainsi que des tags revanchards viennent très légèrement perturber le calme si propre à la Suisse.
Une fois atteint le Comptoir, face la campagne actuelle raciste de l’UDC, des officiels se succèdent pour clamer leur indignation. La foule dense les approuve par des applaudissements soutenus. Non, la haine raciale ne doit pas passer.

Alors que les organisateurs annoncent la fin officielle d’une manifestation réussie, un groupe d’une dizaine d’individus, majoritairement cagoulées de manière sommaire, se dirige vers les barricades vitrées du comptoir en invectivant les autres manifestants à les rejoindre. Quelques minutes plus tard, le mince parvis du Comptoir est rempli de personnes clamant des phrases haineuses à l’intention de Blocher et des policiers parqués derrière les vitres. Deux jeunes tentent bien de dissoudre cet attroupement en criant qu’il ne fera que nuire à l’image de la manifestation et offrir une tribune de premier choix à la figure de proue de l’UDC. En vain. Les tags se tracent sur la devanture, les premiers objets fusent en direction de la police stoïque, des coups de pied entreprennent de briser l’épais vitrage.
Après plusieurs avertissements, la réaction policière face à l’absence de recul des fauteurs de trouble a lieu. Des sprays au poivre repoussent la horde. Un front de policiers aux allures de Robocop débarque d’une rue adjacente pour venir faire face aux rares manifestants encore sur place. Sacs poubelles et de bouteilles volent en direction des nouveaux venus. Ce spectacle affligeant dure longuement avant que la police ne se décide à charger. Les casseurs fuient à grandes enjambées sous le soleil se couchant sur la capitale vaudoise.
Ce n’est pourtant pas l’embrasement du ciel qui se fera le plus remarquer en ce début de soirée. Tandis que la nuit tombe, les rues s’éclairent non pas de la traditionnelle fée électricité, mais de hautes flammes. Une cinquantaine d’énergumènes, très jeunes pour la plupart, dressant et enflammant des barricades improvisées, jouent violemment au chat et à la souris durant une heure avec la police. Toutefois, ni les multiples containers enflammés, ni les projections de pierres n’ont raison de l’avancée policière. Lentement, mais inévitablement, les casseurs sont dispersés par les lacrymogènes et définitivement dissuadés de toute rébellion suite à deux arrestations musclées des forces de l’ordre.

Que retenir de ces deux manifestations ? Une minorité d’individus a gâché le succès espéré d’une majorité. Les motivations des casseurs sont difficiles à comprendre. Un engagement politique réel ne peut en tout cas pas être mis en avant vu la moyenne d’âge de ces derniers. Est-ce la culture des jeux vidéos violents ? J’en doute. Peut-être est-ce le manque de défis et d’adrénaline d’une jeunesse dorlotée dans une société assistée.
Les photographes (dont je fais partie) et les journalistes ont fait la part belle aux fauteurs de trouble de la seconde manifestation. Les articles publiés ces jours se sont principalement focalisés sur les violences, en omettant les côtés positifs du premier rassemblement et en faisant ainsi le jeu de Blocher. Peut-on pour autant en vouloir à la presse ? Il me semble que non : au-delà du gouvernement, nous avons la presse que nous méritons. Dommage.

SA

Tuesday 14 August 2007

Sarajevo, la flamme brûle encore.

En février dernier, nous sommes partis à la recherche des traces des jeux olympiques de 1984 en (ex-)Yougolsavie. Au-delà des quelques photos que vous avez pu voir sur le site, voici, en exclusivité, le texte accompagnatif (à paraître sous peu) écrit par François Ruchti:

Sarajevo, la flamme brûle encore.

Plus de vingt ans après les Jeux olympiques, la ville de Sarajevo est toujours à la recherche de son passé glorieux. Entre les impacts de balles et les champs de mines, ski reportage sur une région qui se relève d’une guerre fratricide.

Kosmopolitiski, liriski, prijateljski. Avec ces quelques mots qui décrivent à merveille la ville de Sarajevo, il ne faut pas s’étonner que cette cité soit reconnue comme un haut lieu du ski. Les deux stations de ski des Jeux olympiques de 1984 ; Bjelasnica et Jahorina situées sur les montagnes qui entourent la capitale de Bosnie Herzégovine offrent de jolies possibilités pour les sports de neige. Bien que la plupart des infrastructures ait été endommagée durant la guerre, les téléskis fonctionnent toujours. Ville assiégée et meurtrie par la guerre, mais aussi ville multiculturelle au passé olympique, l’image internationale de Sarajevo reste toutefois encore bien confuse pour les skieurs hésitants. Sans véritable stratégie de développement touristique, le retour à ce que d’aucun appel l’âge d’or se fait donc à un rythme tout bosniaque ; en douceur et sans stress.

« Ce fut un des plus beaux moments dans l’histoire de Sarajevo» C’est ainsi que M. Abid Saric, ministre du canton de Sarajevo décrit la période des Jeux olympiques de 1984. Il faut dire que durant les 20 jours de la manifestation, l’ensemble du peuple de Yougoslavie était uni derrière ses compétiteurs. Jure Franko fut élevé au rang de héros national lorsqu’il obtient la seule et unique médaille remportée par le pays organisateur. Il termina deuxième au slalom géant grâce à une deuxième manche proche de la perfection. Cette médaille fut d’autant plus fêtée qu’elle était inespérée. Les grands favoris de l’époque étaient comme aujourd’hui les Autrichiens. Ceux-ci pourtant ne brillèrent que par leur absence. Quant à la légende de l’époque Igemar Stenmark, il ne put même pas prendre le départ de la compétition pour cause de « professionnalisme ». Chez les femmes, c’est la jeune Française Perrine Pelen qui marqua les esprits. Elle se classa deuxième du slalom et troisième du géant. Elle permit à la délégation de l’hexagone de repartir avec un bilan honorable compte tenu du faible nombre de représentants tricolores. À peine 30 athlètes sur les 1410 des 49 nations participantes à cette quatorzième olympiade. Les nations les plus représentées étaient bien entendues l’Allemagne de l’Est, l’URSS et les États-Unis qui se faisaient la guerre sur les pistes froides des 39 épreuves inscrites au programme. Les archives du Comité international olympique font état de plus de 700 000 spectateurs sur place. Au delà des chiffres, ces jeux furent de l’aveu même de M.Samaranch, ancien président du CIO, une des plus belles manifestations sportives du siècle. Ce n’est pas les habitants de Sarajevo qui vous diront le contraire. Parler de cette époque, c’est comme évoquer un passé mythique. Pour Zoran Herceg, jeune habitant de Sarajevo ; « bien sûr que le régime titiste était une dictature, mais le pays était uni et prospère. Les Jeux olympiques sont vraiment une période de notre histoire qui est considérée comme un âge d’or ».

La guerre n’a pas tout effacé De cette époque heureuse, la ville de Sarajevo a conservé plus que des souvenirs. Le stade du Kosevo où c’est déroulé la cérémonie olympique existe encore. Durant la guerre, il fut tour à tour camps pour réfugiés et bases des casques bleus. Actuellement, il a retrouvé son rôle festif et sportif. L’équipe de foot de Sarajevo y joue dans l’ombre de la flamme olympique qui brûle toujours sur l’aile Est. Le village olympique est quant a lui devenu une zone résidentielle d’un charme discutable. Elle ne se démarque pas de l’architecture communiste de l’ouest de la ville encore très peu reconstruit depuis la guerre. Tout proche se trouve aussi l’hôtel olympique, résidence des officiels qui fut rachetée par la chaîne d’hôtellerie Holiday Inn. Bien que le centre-ville soit complètement reconstruit, seuls quelques magasins de souvenir rappellent le passé olympique de la cité. Ceci s’expliquer par un développement historique de la ville en palliés. Chaque époque amenant une nouvelle zone architecturale. Plus vous poussez direction l’Est plus vous remontez le temps. Bascasija est le quartier le plus ancien de la ville. Artisans, petits vendeurs et restaurateurs s’y côtoient. C’est l’endroit parfait pour manger un Cevapi. Ce mets est une institution en Bosnie. Il est à base de pain, de boulettes de viande, d’oignons et de crème. Il se mange avec les mains, à toutes les heures. Il remplace à la perfection le Mc Do inexistant.

La cabane de départ est toujours là N’en déplaise aux muezzins ou aux cloches des églises, l’appel du ski se fait vite sentir. Il faut dire que Sarajevo est entourée de montagnes. Les deux massifs les plus connus sont Jahorina et Bjelasnica. Sur le premier, se trouve la station de ski qui accueillit les épreuves dames des Jeux. Située dans la partie serbe de la Bosnie, Jahorina fut relativement épargnée par la guerre. Pour y accéder, il faut passer par Pale. Cette bourgade est tristement connue pour avoir abrité le Quartier général de Mladic, chef de guerre nationaliste serbe. Armé de ski Fischer, c’est les touristes slovènes qui, maintenant, ont pris l’offensive à Jahorina. Malgré l’ambiance alcoolisée sur la piste comme dans les bars, les pentes sont relativement faibles. En 1984, les organisateurs de la descente avaient même dû construire une butte artificielle afin d’atteindre les 800 mètres de dénivelé obligatoire. Avec une dizaine de téléskis, la station offre tout de même de bonnes possibilités. On peut même se prendre à rêver de disputer une course des Jeux olympiques. Dans la cabane de départ encore intact, il ne manque plus que le portillon pour s’y croire. La seconde station de ski, Bjelasnica, est plus à l’Ouest. Elle n’est qu’à une demi-heure de voiture du centre ville. Lors des Jeux olympiques, l’ensemble des épreuves masculines de ski ainsi que du saut à ski y fut organisé. C’est notamment sur ces pentes que l’américain Bill Johnson remporta la descente. Alors que ses compatriotes Phil et Steve Mahre s’adjugèrent les deux premières places du Slalom. Actuellement il reste de la station de ski, Babin do, que quelques téléskis en état de marche. Il ne faut pas oublier que le massif de Bjelasnica-Igman fut le théâtre d’affrontement violent durant la guerre de Bosnie. Les stigmates du combat sont encore bien visibles sur les nombreux bâtiments en cour de reconstruction. En outre, il est fréquent de croiser les panneaux rouges pas très rassurants signalant les terrains minés ! Même si le gouvernement nous a certifié que la zone était « cleared of mines », les spécialistes du déminage déconseillent vivement le hors-piste dans la région.

Beaucoup de projets, mais pas assez d’argent Bien que le problème des mines soit un frein important, le développement touristique semble plus que prometteur. À en croire les estimations de l’organisation mondiale du tourisme, il serait même potentiellement supérieur au boum touristique des années 2000 de la Croatie et de la Slovénie. Conscientes de ses atouts, les autorités bosniaques ont lancé des projets de rénovations importants pour les stations olympiques. Notamment le projet « Bjelanisca 2 ». Celui-ci vise à construire de nouvelles installations de ski ainsi que d’augmenter le parc immobilier. Actuellement, une bonne partie des hôtels sont en construction alors que les nouveaux télésièges restent du domaine de l’hypothétique. Après avoir axé l’effort de reconstruction sur les infrastructures de bases (routes, réseaux hydriques,..), l’aide internationale s’oriente aussi dans cette direction. Les espoirs sont importants. Paddy Ashdown, ancien haut représentant de la communauté international parle de créer le plus grand centre de ski de l’Europe du Sud Est. Malheureusement, les fonds ne semblent pas suivre l’optimisme occidental. Dans ce contexte, une nouvelle candidature aux Jeux olympiques pourrait être l’accélérateur indispensable. Mais de l’aveu même de M. Abid Saric, ministre de l’économie du canton de Sarajevo, la région dispose du potentiel, mais pas des fonds nécessaires pour une telle manifestation. Ceci explique en partie l’échec au premier tour de la candidature bosniaque aux Jeux 2010. Il est pourtant fort probable que la ville retente ça chance pour 2014. Ainsi 30 ans après, la flamme olympique brûlerait à nouveau dans les cœurs des habitants de Sarajevo.

François Ruchti

NB: photographies d'ambiances à Sarajevo et de ski bosniaque ici

Argentine: un été sous la neige

Note: les photos de ski freeride et neige en Argentine se trouvent sur mon site.

Comme vous l'avez vraisemblablement vu, en compagnie de François Ruchti, nous sommes partis l'année dernière réaliser un reportage sur le ski en Argentine pour Freepresse. Pour celles et ceux qui n'auraient pas eu la chance (!) de lire l'article dans Skitime n°37, voici le texte de François Ruchti:

Un été sous la neige

Je croche les deux boucles de mes souliers, je resserre la lanière du tibia, j’ajuste le pantalon sur les bottes de ski puis je me redresse et par un mouvement de jambe brusque, je fais claquer deux fois mes skis au sol avant de m’engager dans la face pentue de Cerro Martin. Alors que je m’attendais à de la poudreuse, la neige est béton. J’exécute un virage dans l’urgence et de façon chaotique. Passé cette première courbe, tout mon corps se crispe pour affronter les rayons suivants. Cette tension est pourtant de courte durée. En effet, le manteau neigeux se détend et me laisse enfin savourer une descente freeride de plus de 800 mètres de dénivelé. Grisé par la vitesse, je me souviens à peine du voyage interminable qui nous a amenés sur les pistes andines. Celui-ci passe obligatoirement par Buenos Aires, mégapole au charme discutable et se prolonge sur plus de mille kilomètres dans la pampa avant de rejoindre les montagnes recouvertes de poudre blanche. Arrivé à la fin du run, les narines encore pleines de poudreuse, je n’ai qu’une envie : repartir l’été prochain!

Au sud des Andes Les possibilités de ski sont innombrables, mais pas les stations. Une dizaine de complexes de ski existe en Argentine. L’une des plus connues est Bariloche en Patagonie. Ville à l’aspect de village de montagne, elle est souvent décrite comme une station suisse. Il faut dire que la spécialité du coin est le chocolat. Le dépaysement culturel n’est pas à chercher dans les rues de Bariloche, mais plutôt dans la beauté sauvage de la région. Une fois arrivé sur les pistes de Cerro Catedral, la station de ski locale, on peut admirer un paysage à couper le souffle. Des montagnes alpestres aux arrêtes déchiquetées se découpent dans le ciel alors qu’à leur pied des forêts et des lacs s’étendent paisiblement. Le décor choque par son caractère sauvage. Les pentes ne sont peut-être pas très raides, mais elles sont vierges de traces laissées par l’homme. Il existe de jolis hors-pistes non loin du domaine officiel. Une combe encore inexploitée est facilement accecible au sommet des installations. Il y a aussi de magnifiques itinéraires de randonnées sur l’autre versant de la montagne. Le club andino vous indiquera ces courses passant par de nombreux refuges.

Foret magique et steak frittes sur les pistes En poussant plus au nord, on peut aller faire quelques courbes dans la station de Chapelco. San Martin de Los Andes est le village le plus proche de cette station qui se révèle être avant tout une plaisanterie pour freestyler. Il y a plus de restaurants qui servent le traditionnel baby steak de 450 grammes que de pistes dignes de ce nom. Avec nos skis d’ 1 mètre 90, les locos locaux nous regardaient comme des extraterrestres : la neige poudreuse est visiblement rarement au rendez-vous dans ce cette région. Seule une forêt magique aux troncs torsadés recouverte de gigantesques barbes de lichen et la présence d’un snow parc peuvent justifier le détour.

Skier plus vite que la lave Hiver oblige, il n’y a que très peu de cols ouverts pour passer la frontière. Depuis San Martin, les bus pour le Chili passent au pied du volcan Lanin. Il se laisse admirer durant l’interminable contrôle bureaucratique des gardes-frontières. Pucon, une petite ville touristique au pied du volcan chilien Villarica, est la destination idéale pour ramener plus qu’une photo de ces montagnes de feu. Le Villarica est un sommet blanc, esseulé qui crachote de minces fumées grisâtres. Dans notre auberge, notre logeuse nous explique que l’ascension est possible. Ce petit bout de femme au visage marqué par le soleil nous recommande de monter avec un guide et du matériel spécial. Casque, corde, baudrier et masque à gaz semblent obligatoires. Le prix étant exorbitant, plus de 80 dollars, nous décidons d’opter pour une approche plus légère pour notre dos et notre porte monnaie. Sans équipement autre que des crampons et une bonne connaissance de la montagne, nous gravissons le volcan en 4 heures. Au sommet, le magma noirci au contact de l’air tranche avec le manteau neigeux blanc de la montée. Entre deux fumées soufrées, on peut même apercevoir de la lave incandescente. La descente qui suit est très agréable. La pente permet de lâcher de grandes courbes dans une neige revenue.

La ville à la montagne Les yeux encore remplis de soufre, nous partons pour las Lenas. Pour y accéder depuis le Chili, on doit emprunter la fameuse panaméricaine. Cette route mythique qui traverse du sud au nord l’Amérique passe au travers des vallées perdues et des cols qui semblent infranchissables. Des carcasses de camions, à demi ensevelies sous un linceul de neige ne semblent pas troubler l’interminable file de poids lourds qui y circulent. Après deux jours de bus nous atteignons enfin la station de ski. La première impression est loin d’être bonne. Las Leñas ressemble à ces ratés architecturaux de station française sortie de nulle part. Comme à Tignes en pleine saison, les tarifs sont eux aussi atroces, même pour l’Argentine.

Hôtel fantôme En sacrifiant la vie nocturne, il est possible de séjourner à las Moelles, village à une trentaine de kilomètres de la station. Au delà du prix, c’est surtout l’hôtel abandonné à l’extrémité de la bourgade qui vaut le détour. Dans une ambiance de maison hantée, on trouve encore au milieu des ruines, les anciens bassins d’eaux chaudes du complexe. À la tombée de la nuit, alors que la neige recouvre les traces de pas, l’atmosphère à la blairwitch donnera des sueurs froides aux skieurs en manques de sensations fortes.

Le ski et rien d’autre À station de las Leñas, on vient pour le ski ! De ce côté-là, on n’est pas déçu. Le télésiège de Marte donne accès à un vaste domaine de hors-piste. Il y en a pour tous les goûts ; champs de poudre, couloirs ou itinéraires exposés. La clientèle qui est dans une large proportion composée de la Upper classe d’Argentine, ne pratique que très peu le hors-piste. Il y a donc que les quelques touristes américains ou européens pour vous gâcher le plaisir de la première trace. Mais il faut toutefois faire attention aux nombreux cailloux à peine cachés sous la neige. Ils risquent à tout moment de transformer une banale chute en quelque chose de dangereux. En marchant un peu, de magnifiques sommets offrent de belles possibilités de freeride. Que ça soit Cerro Martin, Cerro Negro ou Cerro Entre Rios, les pentes s’ouvrent et permettent de lancer des courbes sans retenue. Quel rêve, vivement l’été prochain !

François Ruchti