30 mètres de neige ? S’agit-il d’un glacier ? Non, tout simplement de la quantité de poudre qu’a reçue la station de Mount Baker sur la saison 98-99. Record mondial sur un domaine skiable évidemment. Le quidam se dit « Oui, mais c’était il y a 10 ans. De nos jours, réchauffement climatique oblige, de telles quantités sont inimaginables ». En dehors du fait que des déductions climatiques ne peuvent porter sur un laps de temps aussi faible, la petite station du far west étasunien continue à s’enfoncer sous des mètres de neige année après année. Retour sur un terrain de jeu que les D1 ont adoré !

Serge Dupraz contacte ses riders, Ludo Strohl, Polo Delerue et Nico Vaudroz : « Un bank slalom mythique et des descentes freeride à volonté, ça vous tente ? ». Une question qui ne nécessite ni précisions, ni réponse. Tout le monde n’a pas les mêmes disponibilités et les retrouvailles à Vancouver sont un brin aléatoires. Cependant, motivée par la même idylle « poudreusorgasmique », l’équipe se retrouve finalement au complet pour passer la frontière.
Après un passage on ne peut plus commode des douanes américaines (le grand sourire de Ludo n’y étant très certainement pas pour rien), changement de décors : à la périphérie urbanisée de Vancouver succèdent des paysages dignes des films far west. On s’imagine aisément que s’éloigner de 10 kilomètres à gauche ou droite de la route sans boussole nous condamnerait à tenter de survivre de mousses et d’eau fraîche, en évitant soigneusement de croiser le chemin d’un ours affamé ! Au contraire de l’Europe centrale, les marques anthropiques sont ici peu présentes, pour ne pas dire totalement absentes. Le franchissement d’une crête ne mène pas à une autre vallée parsemée de chalets, mais à une rivière entourée de vastes forêts composant une nature encore préservée.
Non désireux d’affronter les grizzlis en s’enfonçant dans la jungle forestière (le remake du film « Into the wild » n’est pas encore prévu), les amis de la D1 poursuivent leur route en direction de la station. Après quelques miles, la pluie, tombant sans discontinuer depuis l’arrivée canadienne, se mélange aux flocons. Rapidement les bas côtés de la route se transforment en hauts côtés. Les dernières épingles conduisant à la station ressemblent même à une véritable tranchée. Non, les murs de neige ne proviennent pas d’un passage dans un couloir à avalanche ; la continuité des murailles est parfaite. Le bulletin d’enneigement annonçant plus de 5 mètres de neige au sol en bas de la station n’était donc pas aussi fantaisiste que ceux que les offices du tourisme alpins publient.
La station correspond à son environnement peu aménagé : un unique bâtiment à la base et quelques télésièges s’effaçant rapidement dans la tempête de neige. Un panneau indique que 50cm sont tombés durant les dernières 24 heures et que le snowpark est enterré. Après une discussion avec les locaux, on apprend que la situation est simplement normale. A défaut du soleil, les visages de Ludo, Polo et Nico, déjà enthousiastes avant l’arrivée, rayonnent de sourires resplendissants. Sans attendre, les premières lignes sont tracées. Etonnant pour les européens, aucun bruit suspect sous les planches quel que soit l’endroit où l’on passe : ici, ce ne sont pas les vernes ou les rochers qui sont redoutés, seules doivent être prises en compte pour chaque descente les pointes de sapin ! La poudre vole sur des mètres ; même dans les rêves les plus fous, autant de neige n’avait encore pu être imaginée.
Une brève trêve au pays des merveilles : le « Legendary Banked Slalom », l’une des premières compétitions de snowboard, attend les D1. Depuis plus de 20 ans, les légendes se sont succédées au palmarès de cette course : Shaun Palmer, Terje Haakonsen, ou encore Victoria Jealouse sont tout un chacun repartis avec le rouleau de Duck Tape promis au vainqueur. Un lot ô combien surprenant au premier abord, mais évident après réflexion : au début des années huitante, le duck tape était le meilleur ami du snowboardeur : attacher sa planche, réparer ses habits ou s’improviser des boots à partir de chaussures normales était presque le quotidien de tout monopède !
Des légendes véritables… pourquoi alors ne pas voir une Dupraz au sommet ? Malheureusement, ce n’est pas cette année que la planche sera consacrée. Après une bonne première partie, emportés par la fougue, Polo et Ludo sortent du tracé au dernier virage des qualifications. Faute à la météo capricieuse, la route d’accès à la station est fermée et la deuxième journée qualificative n’a pas lieu. La finale se déroule, sans D1, un jour plus tard et voit (ou plutôt entraperçoit) gagner Temple Cummins au travers d’une nouvelle tempête de neige.
Qu’importe ! Plus de temps peut ainsi être accordé à la découverte du domaine. Pillows énormes, traces recouvertes du jour au lendemain, réceptions de sauts sans heurs… la « normalité » de Mount-Baker est assurément très plaisante. Pour sûr, le rendez-vous est déjà pris pour l’année prochaine, sous des tonnes de neige… comme d’habitude !

PS: photos disponibles sur www.sebanex.com