En février dernier, nous sommes partis à la recherche des traces des jeux
olympiques de 1984 en (ex-)Yougolsavie. Au-delà des quelques photos que vous
avez pu voir sur le site, voici, en exclusivité, le texte accompagnatif (à
paraître sous peu) écrit par François Ruchti:
Sarajevo, la flamme brûle encore.
Plus de vingt ans après les Jeux olympiques, la ville de Sarajevo est
toujours à la recherche de son passé glorieux. Entre les impacts de balles et
les champs de mines, ski reportage sur une région qui se relève d’une guerre
fratricide.
Kosmopolitiski, liriski, prijateljski. Avec ces quelques mots qui décrivent
à merveille la ville de Sarajevo, il ne faut pas s’étonner que cette cité soit
reconnue comme un haut lieu du ski. Les deux stations de ski des Jeux
olympiques de 1984 ; Bjelasnica et Jahorina situées sur les montagnes qui
entourent la capitale de Bosnie Herzégovine offrent de jolies possibilités pour
les sports de neige. Bien que la plupart des infrastructures ait été endommagée
durant la guerre, les téléskis fonctionnent toujours. Ville assiégée et
meurtrie par la guerre, mais aussi ville multiculturelle au passé olympique,
l’image internationale de Sarajevo reste toutefois encore bien confuse pour les
skieurs hésitants. Sans véritable stratégie de développement touristique, le
retour à ce que d’aucun appel l’âge d’or se fait donc à un rythme tout
bosniaque ; en douceur et sans stress.
« Ce fut un des plus beaux moments dans l’histoire de Sarajevo» C’est
ainsi que M. Abid Saric, ministre du canton de Sarajevo décrit la période des
Jeux olympiques de 1984. Il faut dire que durant les 20 jours de la
manifestation, l’ensemble du peuple de Yougoslavie était uni derrière ses
compétiteurs. Jure Franko fut élevé au rang de héros national lorsqu’il obtient
la seule et unique médaille remportée par le pays organisateur. Il termina
deuxième au slalom géant grâce à une deuxième manche proche de la perfection.
Cette médaille fut d’autant plus fêtée qu’elle était inespérée. Les grands
favoris de l’époque étaient comme aujourd’hui les Autrichiens. Ceux-ci pourtant
ne brillèrent que par leur absence. Quant à la légende de l’époque Igemar
Stenmark, il ne put même pas prendre le départ de la compétition pour cause de
« professionnalisme ». Chez les femmes, c’est la jeune Française Perrine
Pelen qui marqua les esprits. Elle se classa deuxième du slalom et troisième du
géant. Elle permit à la délégation de l’hexagone de repartir avec un bilan
honorable compte tenu du faible nombre de représentants tricolores. À peine 30
athlètes sur les 1410 des 49 nations participantes à cette quatorzième
olympiade. Les nations les plus représentées étaient bien entendues l’Allemagne
de l’Est, l’URSS et les États-Unis qui se faisaient la guerre sur les pistes
froides des 39 épreuves inscrites au programme. Les archives du Comité
international olympique font état de plus de 700 000 spectateurs sur place. Au
delà des chiffres, ces jeux furent de l’aveu même de M.Samaranch, ancien
président du CIO, une des plus belles manifestations sportives du siècle. Ce
n’est pas les habitants de Sarajevo qui vous diront le contraire. Parler de
cette époque, c’est comme évoquer un passé mythique. Pour Zoran Herceg, jeune
habitant de Sarajevo ; « bien sûr que le régime titiste était une
dictature, mais le pays était uni et prospère. Les Jeux olympiques sont
vraiment une période de notre histoire qui est considérée comme un âge d’or
».
La guerre n’a pas tout effacé De cette époque heureuse, la ville de Sarajevo
a conservé plus que des souvenirs. Le stade du Kosevo où c’est déroulé la
cérémonie olympique existe encore. Durant la guerre, il fut tour à tour camps
pour réfugiés et bases des casques bleus. Actuellement, il a retrouvé son rôle
festif et sportif. L’équipe de foot de Sarajevo y joue dans l’ombre de la
flamme olympique qui brûle toujours sur l’aile Est. Le village olympique est
quant a lui devenu une zone résidentielle d’un charme discutable. Elle ne se
démarque pas de l’architecture communiste de l’ouest de la ville encore très
peu reconstruit depuis la guerre. Tout proche se trouve aussi l’hôtel
olympique, résidence des officiels qui fut rachetée par la chaîne d’hôtellerie
Holiday Inn. Bien que le centre-ville soit complètement reconstruit, seuls
quelques magasins de souvenir rappellent le passé olympique de la cité. Ceci
s’expliquer par un développement historique de la ville en palliés. Chaque
époque amenant une nouvelle zone architecturale. Plus vous poussez direction
l’Est plus vous remontez le temps. Bascasija est le quartier le plus ancien de
la ville. Artisans, petits vendeurs et restaurateurs s’y côtoient. C’est
l’endroit parfait pour manger un Cevapi. Ce mets est une institution en Bosnie.
Il est à base de pain, de boulettes de viande, d’oignons et de crème. Il se
mange avec les mains, à toutes les heures. Il remplace à la perfection le Mc Do
inexistant.
La cabane de départ est toujours là N’en déplaise aux muezzins ou aux
cloches des églises, l’appel du ski se fait vite sentir. Il faut dire que
Sarajevo est entourée de montagnes. Les deux massifs les plus connus sont
Jahorina et Bjelasnica. Sur le premier, se trouve la station de ski qui
accueillit les épreuves dames des Jeux. Située dans la partie serbe de la
Bosnie, Jahorina fut relativement épargnée par la guerre. Pour y accéder, il
faut passer par Pale. Cette bourgade est tristement connue pour avoir abrité le
Quartier général de Mladic, chef de guerre nationaliste serbe. Armé de ski
Fischer, c’est les touristes slovènes qui, maintenant, ont pris l’offensive à
Jahorina. Malgré l’ambiance alcoolisée sur la piste comme dans les bars, les
pentes sont relativement faibles. En 1984, les organisateurs de la descente
avaient même dû construire une butte artificielle afin d’atteindre les 800
mètres de dénivelé obligatoire. Avec une dizaine de téléskis, la station offre
tout de même de bonnes possibilités. On peut même se prendre à rêver de
disputer une course des Jeux olympiques. Dans la cabane de départ encore
intact, il ne manque plus que le portillon pour s’y croire. La seconde station
de ski, Bjelasnica, est plus à l’Ouest. Elle n’est qu’à une demi-heure de
voiture du centre ville. Lors des Jeux olympiques, l’ensemble des épreuves
masculines de ski ainsi que du saut à ski y fut organisé. C’est notamment sur
ces pentes que l’américain Bill Johnson remporta la descente. Alors que ses
compatriotes Phil et Steve Mahre s’adjugèrent les deux premières places du
Slalom. Actuellement il reste de la station de ski, Babin do, que quelques
téléskis en état de marche. Il ne faut pas oublier que le massif de
Bjelasnica-Igman fut le théâtre d’affrontement violent durant la guerre de
Bosnie. Les stigmates du combat sont encore bien visibles sur les nombreux
bâtiments en cour de reconstruction. En outre, il est fréquent de croiser les
panneaux rouges pas très rassurants signalant les terrains minés ! Même si
le gouvernement nous a certifié que la zone était « cleared of mines »,
les spécialistes du déminage déconseillent vivement le hors-piste dans la
région.
Beaucoup de projets, mais pas assez d’argent Bien que le problème des mines
soit un frein important, le développement touristique semble plus que
prometteur. À en croire les estimations de l’organisation mondiale du tourisme,
il serait même potentiellement supérieur au boum touristique des années 2000 de
la Croatie et de la Slovénie. Conscientes de ses atouts, les autorités
bosniaques ont lancé des projets de rénovations importants pour les stations
olympiques. Notamment le projet « Bjelanisca 2 ». Celui-ci vise à
construire de nouvelles installations de ski ainsi que d’augmenter le parc
immobilier. Actuellement, une bonne partie des hôtels sont en construction
alors que les nouveaux télésièges restent du domaine de l’hypothétique. Après
avoir axé l’effort de reconstruction sur les infrastructures de bases (routes,
réseaux hydriques,..), l’aide internationale s’oriente aussi dans cette
direction. Les espoirs sont importants. Paddy Ashdown, ancien haut représentant
de la communauté international parle de créer le plus grand centre de ski de
l’Europe du Sud Est. Malheureusement, les fonds ne semblent pas suivre
l’optimisme occidental. Dans ce contexte, une nouvelle candidature aux Jeux
olympiques pourrait être l’accélérateur indispensable. Mais de l’aveu même de
M. Abid Saric, ministre de l’économie du canton de Sarajevo, la région dispose
du potentiel, mais pas des fonds nécessaires pour une telle manifestation. Ceci
explique en partie l’échec au premier tour de la candidature bosniaque aux Jeux
2010. Il est pourtant fort probable que la ville retente ça chance pour 2014.
Ainsi 30 ans après, la flamme olympique brûlerait à nouveau dans les cœurs des
habitants de Sarajevo.
François Ruchti
NB: photographies d'ambiances
à Sarajevo et de ski bosniaque ici