Impressions photographiques

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Tag - freeride

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Tuesday 21 July 2009

Du hasard de la diffusion d'une photographie

Illustrer la météo fraîche des derniers jours par du snowboard en juillet? Cette proposition lancée à l'agence Keystone en début de week-end leur semble intéressante. Ne reste plus qu'à appuyer sur le déclencheur et envoyer les images.


Facile à première vue, mais, malheureusement, la météo ne se commande pas en montagne. Après une journée léthargique à observer les dernières précipitations samedi, tous les espoirs sont placés sur le soleil dominical. Cependant, rebelotte: les nuages virevoltent constamment avec les hauteurs des Diablerets et empêchent une visibilité suffisante pour s'élancer dans la pente. Attendre, attendre encore, toujours attendre. Tel est notre programme, à Nicolas Vaudroz (snowboarder et modèle émérite) et moi-même.Finalement, l'idée de réaliser des photos dignes de ce nom s'efface peu à peu dans le brouillard.

Mais nous ne sommes tout de même pas montés pour rien. Oublions le soleil, contentons-nous d'une minuscule ouverture et dessinons trois virages. Une coulée plus loin, nous nous retrouvons à la limite des derniers névés, à rire de notre journée et à réaliser quelques images abstraites dans les nuées brumeuses. 900 mètres de dénivelé à pied, ou plutôt en chaussures de ski, demeurent à parcourir. Initialement, notre escapade devait prendre fin avant midi; l'arrivée après 20h est quelque peu tardive.

La carte mémoire de mon appareil photo est quasiment vide. Je m'apprête à appeler Keystone pour leur annoncer que la mission photographique s'est soldée par un cuisant échec. Cependant, entre les rires moqueurs d'amis ("Marcher autant, pour uniquement faire deux virolets dans une neige trempée, faut vraiment être débile!") retrouvés en plaine, une petite voix me suggère de tout de même proposer trois photos à l'agence. Sans trop d'espoir, je m'empresse de le faire. Résultat? La photographie ci-dessous est retenue.


(Réglages: Ouverture: F9 - Vitesse d'obturation: 1/1600sec - ISO: 200 - Focale: 17mm ; Référence: Bepa1)

Elle est classique, manque de dynamisme et était appelée à rester sur un disque dur. Mais voilà, à 21h30, elle est disponible pour la presse helvétique. Une belle notoriété déjà pour ce cliché. Cependant, quelle ne fut pas ma surprise (et ma joie!) de le retrouver chez l'agence EPA (European Pressphoto Agency). Non pas dans le tréfonds d'une banque d'images, mais valorisée dans la "selection of the best sports pictures in different sports categories from all over the world":



Un délire entre amis se retrouve finalement parmi de grands sportifs mondiaux! Ne me reste alors plus qu'à remercier la "petite voix".


PS: à défaut de connaître les sorties papier de cette photographie, Google permet de voir qu'elle a déjà passablement voyagé:

Espagne: Noticias 24 - Yahoo

Grèce: Kathimerini

Suisse: Swissinfo

Monday 20 July 2009

Et si le réchauffement climatique poussait à la poudreuse d’été ?

Alors que des chutes de neige sont venues reblanchir les sommets ce week-end, voici un article écrit pour le magazine 7sky l'été dernier. Cliquez sur les vignettes des images à la fin du billet pour les voir en plus grand.

Hiver 2006-2007 : qui ne se souvient pas des bandes de neige canonnée au milieu des pâturages ? Terrible constat d’impuissance et d’échec de la technologie humaine lorsque ces dernières s’effacent sous les assauts répétés du foehn. Le réchauffement climatique ne peut plus être nié. Les conditions hivernales rapportées par nos grands-parents ne se reproduiront vraisemblablement plus suite à leur, mais encore plus à notre bêtise. Moins de poudre en hiver… que faire ? La chercher en été, tout simplement !



     Nicolas Vaudroz, les Diablerets - Glacier 3000, été 2008 - Référence: Bsum01

« La limite moyenne des chutes de neige remonte d’environ 100 m par décennie depuis les années 70 ». Martine Rebetez, scientifique de renom au WSL (Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage) et professeur à l’Université de Neuchâtel le constate tout aussi scientifiquement que tristement dans ses études. Il faut savoir que le réchauffement climatique est deux fois plus marqué dans les Alpes du Nord que dans le reste du Monde. Au rythme où Celsius s’élève actuellement, il se pourrait que la température moyenne augmente de 8° dans nos montagnes d’ici 2100. Un mois comme avril 2007 (excédent thermique de 5 à 7.5° degré selon Meteosuisse) deviendrait alors la norme. Les conséquences sont évidentes pour tous les adeptes des joies nivéales ; une durée d’enneigement faible, une poudreuse rare et une limite pluie-neige élevée provoqueraient à coup sûr des signes dépressifs certains chez les glisseurs.

Alors ranger skis et snowboards au musée ? Changer de sport ? Abdiquer ? Trouver le plus haut pont et sauter ? Non, l’espoir fait vivre!

Selon René Reber, le plus ancien (ancestral même peut-être : celui-ci a déjà lu sa propre mort une fois dans la presse des années 30 suite à un accident) professeur de ski des Diablerets, il n’y a qu’un mois par année où la neige ne tombe pas à 1900m. Même si de nos jours, un brin d’optimisme réside derrière cette affirmation, celui qui veut esquisser quelques courbes en plein été, loin des glaciers peuplés et pollués de skieurs gangsters sur barres de fer, trouve toujours un moyen de parvenir à ses fins.

Il faut guetter les modèles météo, scruter le moindre flux de Nord-Ouest susceptible de blanchir les sommets, repérer les zones où des névés officieront comme couche de fond, arranger son planning pour le matin où le ciel se déchargera et surtout se nourrir d’illusions, espérer et profiter de la moindre occasion ! Suite à des observations aussi personnelles que subjectives sur les trois dernières années (rien, mais alors rien de scientifique à cela !), la neige fait son apparition de manière skiable en dessous de 2500m une fois par mois entre juin et septembre.

Pour les lecteurs tentés par l’expérience de la poudre estivale, voici quelques avertissements, constats et mises en bouche. Quand le matin du jour J, vous sortirez de chez vous, lourdement chargé d’une épaisse veste et du matériel de ski, un décalage face à l’univers extérieur se fera peut-être ressentir. Vous avancerez au travers d’un monde étrange, voir hostile, des arbres verdoyant de manière insolente à la grand-mère interrogative promenant son chien au petit matin. N’ayez pas peur de vivre des remarques à mi-voix du genre : « T’as vu ? Il doit lui manquer une case au pauvre type. » Qu’importe, tant qu’il y a la passion des flocons !

Une fois les premières neiges atteintes (idéalement avant 8h, histoire que le rayonnement ne les transforme pas trop), sachez que vous allez transpirer et suinter le gras accumulé durant l’hiver par les moindres pores. Crapahuter dans la neige en plein été demande logiquement un effort bien plus important qu’au mois de février.

Suite à ces deux éléments que certains considéreront comme négatifs (tentez de les voir comme drôles), le positif absolu. Vous vous retrouverez dans une montagne vierge. Une nature aux contrastes saisissants : l’écart substantiel, et inhabituel pour le skieur hivernal, entre la candeur de votre entourage direct et les prairies vertes en aval est d’une beauté surprenante. Seuls éléments humains proches, vos empreintes de montée. En dehors, pas de trace : en été, pas besoin de lutter pour dessiner la première, l’espace vous est entièrement dédié. Il ne reste alors plus qu’à se laisser glisser, chérir l’instant des premières courbes dans de la poudre légère jusqu’aux dernières, plus hésitantes lorsque roches et herbes recommencent à parsemer l’élément préféré.

Après la descente, que reste-t-il ? L’envie de recommencer bien sûr, mais aussi la jouissance de rentrer au bureau l’après-midi, le visage brûlé par le soleil et un large sourire aussi satisfait que rêveur aux lèvres.

Sébastien Anex



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Sunday 1 February 2009

Snowboard freeride par Nico Vaudroz au Glacier 3000


Nettement plus qu'une vidéo de qualité, un bon souvenir de ce début d'année. Voici un run de Nicolas Vaudroz sur sa Dupraz... filmé avec un petit appareil photo compact, couvert de poussières... et sans trépied pour couronner le tout!
(Cliquez sur le lien ci-dessous si aucune image ne s'affiche.)

Snowboard freeride par Nico Vaudroz

Monday 2 June 2008

A contre neige

Une compilation d'images sombres, sur une musique de Minty Style. De la neige et de la glace.


A contre neige via Zapiks

Tuesday 14 August 2007

Sarajevo, la flamme brûle encore.

En février dernier, nous sommes partis à la recherche des traces des jeux olympiques de 1984 en (ex-)Yougolsavie. Au-delà des quelques photos que vous avez pu voir sur le site, voici, en exclusivité, le texte accompagnatif (à paraître sous peu) écrit par François Ruchti:

Sarajevo, la flamme brûle encore.

Plus de vingt ans après les Jeux olympiques, la ville de Sarajevo est toujours à la recherche de son passé glorieux. Entre les impacts de balles et les champs de mines, ski reportage sur une région qui se relève d’une guerre fratricide.

Kosmopolitiski, liriski, prijateljski. Avec ces quelques mots qui décrivent à merveille la ville de Sarajevo, il ne faut pas s’étonner que cette cité soit reconnue comme un haut lieu du ski. Les deux stations de ski des Jeux olympiques de 1984 ; Bjelasnica et Jahorina situées sur les montagnes qui entourent la capitale de Bosnie Herzégovine offrent de jolies possibilités pour les sports de neige. Bien que la plupart des infrastructures ait été endommagée durant la guerre, les téléskis fonctionnent toujours. Ville assiégée et meurtrie par la guerre, mais aussi ville multiculturelle au passé olympique, l’image internationale de Sarajevo reste toutefois encore bien confuse pour les skieurs hésitants. Sans véritable stratégie de développement touristique, le retour à ce que d’aucun appel l’âge d’or se fait donc à un rythme tout bosniaque ; en douceur et sans stress.

« Ce fut un des plus beaux moments dans l’histoire de Sarajevo» C’est ainsi que M. Abid Saric, ministre du canton de Sarajevo décrit la période des Jeux olympiques de 1984. Il faut dire que durant les 20 jours de la manifestation, l’ensemble du peuple de Yougoslavie était uni derrière ses compétiteurs. Jure Franko fut élevé au rang de héros national lorsqu’il obtient la seule et unique médaille remportée par le pays organisateur. Il termina deuxième au slalom géant grâce à une deuxième manche proche de la perfection. Cette médaille fut d’autant plus fêtée qu’elle était inespérée. Les grands favoris de l’époque étaient comme aujourd’hui les Autrichiens. Ceux-ci pourtant ne brillèrent que par leur absence. Quant à la légende de l’époque Igemar Stenmark, il ne put même pas prendre le départ de la compétition pour cause de « professionnalisme ». Chez les femmes, c’est la jeune Française Perrine Pelen qui marqua les esprits. Elle se classa deuxième du slalom et troisième du géant. Elle permit à la délégation de l’hexagone de repartir avec un bilan honorable compte tenu du faible nombre de représentants tricolores. À peine 30 athlètes sur les 1410 des 49 nations participantes à cette quatorzième olympiade. Les nations les plus représentées étaient bien entendues l’Allemagne de l’Est, l’URSS et les États-Unis qui se faisaient la guerre sur les pistes froides des 39 épreuves inscrites au programme. Les archives du Comité international olympique font état de plus de 700 000 spectateurs sur place. Au delà des chiffres, ces jeux furent de l’aveu même de M.Samaranch, ancien président du CIO, une des plus belles manifestations sportives du siècle. Ce n’est pas les habitants de Sarajevo qui vous diront le contraire. Parler de cette époque, c’est comme évoquer un passé mythique. Pour Zoran Herceg, jeune habitant de Sarajevo ; « bien sûr que le régime titiste était une dictature, mais le pays était uni et prospère. Les Jeux olympiques sont vraiment une période de notre histoire qui est considérée comme un âge d’or ».

La guerre n’a pas tout effacé De cette époque heureuse, la ville de Sarajevo a conservé plus que des souvenirs. Le stade du Kosevo où c’est déroulé la cérémonie olympique existe encore. Durant la guerre, il fut tour à tour camps pour réfugiés et bases des casques bleus. Actuellement, il a retrouvé son rôle festif et sportif. L’équipe de foot de Sarajevo y joue dans l’ombre de la flamme olympique qui brûle toujours sur l’aile Est. Le village olympique est quant a lui devenu une zone résidentielle d’un charme discutable. Elle ne se démarque pas de l’architecture communiste de l’ouest de la ville encore très peu reconstruit depuis la guerre. Tout proche se trouve aussi l’hôtel olympique, résidence des officiels qui fut rachetée par la chaîne d’hôtellerie Holiday Inn. Bien que le centre-ville soit complètement reconstruit, seuls quelques magasins de souvenir rappellent le passé olympique de la cité. Ceci s’expliquer par un développement historique de la ville en palliés. Chaque époque amenant une nouvelle zone architecturale. Plus vous poussez direction l’Est plus vous remontez le temps. Bascasija est le quartier le plus ancien de la ville. Artisans, petits vendeurs et restaurateurs s’y côtoient. C’est l’endroit parfait pour manger un Cevapi. Ce mets est une institution en Bosnie. Il est à base de pain, de boulettes de viande, d’oignons et de crème. Il se mange avec les mains, à toutes les heures. Il remplace à la perfection le Mc Do inexistant.

La cabane de départ est toujours là N’en déplaise aux muezzins ou aux cloches des églises, l’appel du ski se fait vite sentir. Il faut dire que Sarajevo est entourée de montagnes. Les deux massifs les plus connus sont Jahorina et Bjelasnica. Sur le premier, se trouve la station de ski qui accueillit les épreuves dames des Jeux. Située dans la partie serbe de la Bosnie, Jahorina fut relativement épargnée par la guerre. Pour y accéder, il faut passer par Pale. Cette bourgade est tristement connue pour avoir abrité le Quartier général de Mladic, chef de guerre nationaliste serbe. Armé de ski Fischer, c’est les touristes slovènes qui, maintenant, ont pris l’offensive à Jahorina. Malgré l’ambiance alcoolisée sur la piste comme dans les bars, les pentes sont relativement faibles. En 1984, les organisateurs de la descente avaient même dû construire une butte artificielle afin d’atteindre les 800 mètres de dénivelé obligatoire. Avec une dizaine de téléskis, la station offre tout de même de bonnes possibilités. On peut même se prendre à rêver de disputer une course des Jeux olympiques. Dans la cabane de départ encore intact, il ne manque plus que le portillon pour s’y croire. La seconde station de ski, Bjelasnica, est plus à l’Ouest. Elle n’est qu’à une demi-heure de voiture du centre ville. Lors des Jeux olympiques, l’ensemble des épreuves masculines de ski ainsi que du saut à ski y fut organisé. C’est notamment sur ces pentes que l’américain Bill Johnson remporta la descente. Alors que ses compatriotes Phil et Steve Mahre s’adjugèrent les deux premières places du Slalom. Actuellement il reste de la station de ski, Babin do, que quelques téléskis en état de marche. Il ne faut pas oublier que le massif de Bjelasnica-Igman fut le théâtre d’affrontement violent durant la guerre de Bosnie. Les stigmates du combat sont encore bien visibles sur les nombreux bâtiments en cour de reconstruction. En outre, il est fréquent de croiser les panneaux rouges pas très rassurants signalant les terrains minés ! Même si le gouvernement nous a certifié que la zone était « cleared of mines », les spécialistes du déminage déconseillent vivement le hors-piste dans la région.

Beaucoup de projets, mais pas assez d’argent Bien que le problème des mines soit un frein important, le développement touristique semble plus que prometteur. À en croire les estimations de l’organisation mondiale du tourisme, il serait même potentiellement supérieur au boum touristique des années 2000 de la Croatie et de la Slovénie. Conscientes de ses atouts, les autorités bosniaques ont lancé des projets de rénovations importants pour les stations olympiques. Notamment le projet « Bjelanisca 2 ». Celui-ci vise à construire de nouvelles installations de ski ainsi que d’augmenter le parc immobilier. Actuellement, une bonne partie des hôtels sont en construction alors que les nouveaux télésièges restent du domaine de l’hypothétique. Après avoir axé l’effort de reconstruction sur les infrastructures de bases (routes, réseaux hydriques,..), l’aide internationale s’oriente aussi dans cette direction. Les espoirs sont importants. Paddy Ashdown, ancien haut représentant de la communauté international parle de créer le plus grand centre de ski de l’Europe du Sud Est. Malheureusement, les fonds ne semblent pas suivre l’optimisme occidental. Dans ce contexte, une nouvelle candidature aux Jeux olympiques pourrait être l’accélérateur indispensable. Mais de l’aveu même de M. Abid Saric, ministre de l’économie du canton de Sarajevo, la région dispose du potentiel, mais pas des fonds nécessaires pour une telle manifestation. Ceci explique en partie l’échec au premier tour de la candidature bosniaque aux Jeux 2010. Il est pourtant fort probable que la ville retente ça chance pour 2014. Ainsi 30 ans après, la flamme olympique brûlerait à nouveau dans les cœurs des habitants de Sarajevo.

François Ruchti

NB: photographies d'ambiances à Sarajevo et de ski bosniaque ici

Argentine: un été sous la neige

Note: les photos de ski freeride et neige en Argentine se trouvent sur mon site.

Comme vous l'avez vraisemblablement vu, en compagnie de François Ruchti, nous sommes partis l'année dernière réaliser un reportage sur le ski en Argentine pour Freepresse. Pour celles et ceux qui n'auraient pas eu la chance (!) de lire l'article dans Skitime n°37, voici le texte de François Ruchti:

Un été sous la neige

Je croche les deux boucles de mes souliers, je resserre la lanière du tibia, j’ajuste le pantalon sur les bottes de ski puis je me redresse et par un mouvement de jambe brusque, je fais claquer deux fois mes skis au sol avant de m’engager dans la face pentue de Cerro Martin. Alors que je m’attendais à de la poudreuse, la neige est béton. J’exécute un virage dans l’urgence et de façon chaotique. Passé cette première courbe, tout mon corps se crispe pour affronter les rayons suivants. Cette tension est pourtant de courte durée. En effet, le manteau neigeux se détend et me laisse enfin savourer une descente freeride de plus de 800 mètres de dénivelé. Grisé par la vitesse, je me souviens à peine du voyage interminable qui nous a amenés sur les pistes andines. Celui-ci passe obligatoirement par Buenos Aires, mégapole au charme discutable et se prolonge sur plus de mille kilomètres dans la pampa avant de rejoindre les montagnes recouvertes de poudre blanche. Arrivé à la fin du run, les narines encore pleines de poudreuse, je n’ai qu’une envie : repartir l’été prochain!

Au sud des Andes Les possibilités de ski sont innombrables, mais pas les stations. Une dizaine de complexes de ski existe en Argentine. L’une des plus connues est Bariloche en Patagonie. Ville à l’aspect de village de montagne, elle est souvent décrite comme une station suisse. Il faut dire que la spécialité du coin est le chocolat. Le dépaysement culturel n’est pas à chercher dans les rues de Bariloche, mais plutôt dans la beauté sauvage de la région. Une fois arrivé sur les pistes de Cerro Catedral, la station de ski locale, on peut admirer un paysage à couper le souffle. Des montagnes alpestres aux arrêtes déchiquetées se découpent dans le ciel alors qu’à leur pied des forêts et des lacs s’étendent paisiblement. Le décor choque par son caractère sauvage. Les pentes ne sont peut-être pas très raides, mais elles sont vierges de traces laissées par l’homme. Il existe de jolis hors-pistes non loin du domaine officiel. Une combe encore inexploitée est facilement accecible au sommet des installations. Il y a aussi de magnifiques itinéraires de randonnées sur l’autre versant de la montagne. Le club andino vous indiquera ces courses passant par de nombreux refuges.

Foret magique et steak frittes sur les pistes En poussant plus au nord, on peut aller faire quelques courbes dans la station de Chapelco. San Martin de Los Andes est le village le plus proche de cette station qui se révèle être avant tout une plaisanterie pour freestyler. Il y a plus de restaurants qui servent le traditionnel baby steak de 450 grammes que de pistes dignes de ce nom. Avec nos skis d’ 1 mètre 90, les locos locaux nous regardaient comme des extraterrestres : la neige poudreuse est visiblement rarement au rendez-vous dans ce cette région. Seule une forêt magique aux troncs torsadés recouverte de gigantesques barbes de lichen et la présence d’un snow parc peuvent justifier le détour.

Skier plus vite que la lave Hiver oblige, il n’y a que très peu de cols ouverts pour passer la frontière. Depuis San Martin, les bus pour le Chili passent au pied du volcan Lanin. Il se laisse admirer durant l’interminable contrôle bureaucratique des gardes-frontières. Pucon, une petite ville touristique au pied du volcan chilien Villarica, est la destination idéale pour ramener plus qu’une photo de ces montagnes de feu. Le Villarica est un sommet blanc, esseulé qui crachote de minces fumées grisâtres. Dans notre auberge, notre logeuse nous explique que l’ascension est possible. Ce petit bout de femme au visage marqué par le soleil nous recommande de monter avec un guide et du matériel spécial. Casque, corde, baudrier et masque à gaz semblent obligatoires. Le prix étant exorbitant, plus de 80 dollars, nous décidons d’opter pour une approche plus légère pour notre dos et notre porte monnaie. Sans équipement autre que des crampons et une bonne connaissance de la montagne, nous gravissons le volcan en 4 heures. Au sommet, le magma noirci au contact de l’air tranche avec le manteau neigeux blanc de la montée. Entre deux fumées soufrées, on peut même apercevoir de la lave incandescente. La descente qui suit est très agréable. La pente permet de lâcher de grandes courbes dans une neige revenue.

La ville à la montagne Les yeux encore remplis de soufre, nous partons pour las Lenas. Pour y accéder depuis le Chili, on doit emprunter la fameuse panaméricaine. Cette route mythique qui traverse du sud au nord l’Amérique passe au travers des vallées perdues et des cols qui semblent infranchissables. Des carcasses de camions, à demi ensevelies sous un linceul de neige ne semblent pas troubler l’interminable file de poids lourds qui y circulent. Après deux jours de bus nous atteignons enfin la station de ski. La première impression est loin d’être bonne. Las Leñas ressemble à ces ratés architecturaux de station française sortie de nulle part. Comme à Tignes en pleine saison, les tarifs sont eux aussi atroces, même pour l’Argentine.

Hôtel fantôme En sacrifiant la vie nocturne, il est possible de séjourner à las Moelles, village à une trentaine de kilomètres de la station. Au delà du prix, c’est surtout l’hôtel abandonné à l’extrémité de la bourgade qui vaut le détour. Dans une ambiance de maison hantée, on trouve encore au milieu des ruines, les anciens bassins d’eaux chaudes du complexe. À la tombée de la nuit, alors que la neige recouvre les traces de pas, l’atmosphère à la blairwitch donnera des sueurs froides aux skieurs en manques de sensations fortes.

Le ski et rien d’autre À station de las Leñas, on vient pour le ski ! De ce côté-là, on n’est pas déçu. Le télésiège de Marte donne accès à un vaste domaine de hors-piste. Il y en a pour tous les goûts ; champs de poudre, couloirs ou itinéraires exposés. La clientèle qui est dans une large proportion composée de la Upper classe d’Argentine, ne pratique que très peu le hors-piste. Il y a donc que les quelques touristes américains ou européens pour vous gâcher le plaisir de la première trace. Mais il faut toutefois faire attention aux nombreux cailloux à peine cachés sous la neige. Ils risquent à tout moment de transformer une banale chute en quelque chose de dangereux. En marchant un peu, de magnifiques sommets offrent de belles possibilités de freeride. Que ça soit Cerro Martin, Cerro Negro ou Cerro Entre Rios, les pentes s’ouvrent et permettent de lancer des courbes sans retenue. Quel rêve, vivement l’été prochain !

François Ruchti