Alors que des chutes de neige sont venues reblanchir les sommets ce week-end, voici un article écrit pour le magazine 7sky l'été dernier. Cliquez sur les vignettes des images à la fin du billet pour les voir en plus grand.

Hiver 2006-2007 : qui ne se souvient pas des bandes de neige canonnée au milieu des pâturages ? Terrible constat d’impuissance et d’échec de la technologie humaine lorsque ces dernières s’effacent sous les assauts répétés du foehn. Le réchauffement climatique ne peut plus être nié. Les conditions hivernales rapportées par nos grands-parents ne se reproduiront vraisemblablement plus suite à leur, mais encore plus à notre bêtise. Moins de poudre en hiver… que faire ? La chercher en été, tout simplement !



     Nicolas Vaudroz, les Diablerets - Glacier 3000, été 2008 - Référence: Bsum01

« La limite moyenne des chutes de neige remonte d’environ 100 m par décennie depuis les années 70 ». Martine Rebetez, scientifique de renom au WSL (Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage) et professeur à l’Université de Neuchâtel le constate tout aussi scientifiquement que tristement dans ses études. Il faut savoir que le réchauffement climatique est deux fois plus marqué dans les Alpes du Nord que dans le reste du Monde. Au rythme où Celsius s’élève actuellement, il se pourrait que la température moyenne augmente de 8° dans nos montagnes d’ici 2100. Un mois comme avril 2007 (excédent thermique de 5 à 7.5° degré selon Meteosuisse) deviendrait alors la norme. Les conséquences sont évidentes pour tous les adeptes des joies nivéales ; une durée d’enneigement faible, une poudreuse rare et une limite pluie-neige élevée provoqueraient à coup sûr des signes dépressifs certains chez les glisseurs.

Alors ranger skis et snowboards au musée ? Changer de sport ? Abdiquer ? Trouver le plus haut pont et sauter ? Non, l’espoir fait vivre!

Selon René Reber, le plus ancien (ancestral même peut-être : celui-ci a déjà lu sa propre mort une fois dans la presse des années 30 suite à un accident) professeur de ski des Diablerets, il n’y a qu’un mois par année où la neige ne tombe pas à 1900m. Même si de nos jours, un brin d’optimisme réside derrière cette affirmation, celui qui veut esquisser quelques courbes en plein été, loin des glaciers peuplés et pollués de skieurs gangsters sur barres de fer, trouve toujours un moyen de parvenir à ses fins.

Il faut guetter les modèles météo, scruter le moindre flux de Nord-Ouest susceptible de blanchir les sommets, repérer les zones où des névés officieront comme couche de fond, arranger son planning pour le matin où le ciel se déchargera et surtout se nourrir d’illusions, espérer et profiter de la moindre occasion ! Suite à des observations aussi personnelles que subjectives sur les trois dernières années (rien, mais alors rien de scientifique à cela !), la neige fait son apparition de manière skiable en dessous de 2500m une fois par mois entre juin et septembre.

Pour les lecteurs tentés par l’expérience de la poudre estivale, voici quelques avertissements, constats et mises en bouche. Quand le matin du jour J, vous sortirez de chez vous, lourdement chargé d’une épaisse veste et du matériel de ski, un décalage face à l’univers extérieur se fera peut-être ressentir. Vous avancerez au travers d’un monde étrange, voir hostile, des arbres verdoyant de manière insolente à la grand-mère interrogative promenant son chien au petit matin. N’ayez pas peur de vivre des remarques à mi-voix du genre : « T’as vu ? Il doit lui manquer une case au pauvre type. » Qu’importe, tant qu’il y a la passion des flocons !

Une fois les premières neiges atteintes (idéalement avant 8h, histoire que le rayonnement ne les transforme pas trop), sachez que vous allez transpirer et suinter le gras accumulé durant l’hiver par les moindres pores. Crapahuter dans la neige en plein été demande logiquement un effort bien plus important qu’au mois de février.

Suite à ces deux éléments que certains considéreront comme négatifs (tentez de les voir comme drôles), le positif absolu. Vous vous retrouverez dans une montagne vierge. Une nature aux contrastes saisissants : l’écart substantiel, et inhabituel pour le skieur hivernal, entre la candeur de votre entourage direct et les prairies vertes en aval est d’une beauté surprenante. Seuls éléments humains proches, vos empreintes de montée. En dehors, pas de trace : en été, pas besoin de lutter pour dessiner la première, l’espace vous est entièrement dédié. Il ne reste alors plus qu’à se laisser glisser, chérir l’instant des premières courbes dans de la poudre légère jusqu’aux dernières, plus hésitantes lorsque roches et herbes recommencent à parsemer l’élément préféré.

Après la descente, que reste-t-il ? L’envie de recommencer bien sûr, mais aussi la jouissance de rentrer au bureau l’après-midi, le visage brûlé par le soleil et un large sourire aussi satisfait que rêveur aux lèvres.

Sébastien Anex



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